Friday, 22 July 2011

Kibou Niji Rengou Rainbow Fighters. Épisode 22 : le sacrifice de l’Arc-en-Ciel

« Aniva ! Aniva ! s’écrie Niko. Où... ? »
Niko se tait en plein milieu de phrase. Le sol tremble de plus en plus. Le grondement se fait aussi de plus en plus bruyant.
« Qu’est-ce que… ? Un… Un tremblement de terre ? ! »
Des objets tombent au sol. Niko est obligé de s’agripper à son clavier d’ordinateur pour éviter de tomber lui aussi. Le grondement devient assourdissant. Les chaises sont renversées, et des étincelles apparaissent au niveau des équipements électroniques. Des court-circuits semblent se produire un peu partout dans le Q.G., puis ce sont de véritables arcs électriques qui apparaissent le long des murs. Des fissures apparaissent au plafond, un peu de plâtre tombe sur Niko. L’une des lampes explose, suivie par une autre. Soudain, les arcs électriques se concentrent sur une console dont l’écran explose, envoyant des débris dans tout le Q.G. ! Sous la violence de l’explosion, le clavier de cet ordinateur est arraché et tombe à terre. Heureusement, Niko a été épargné. De plus, les vibrations semblent s’atténuer, et le grondement, qui était devenu insupportable, paraît diminuer d’intensité. En effet, les vibrations diminuent, jusqu’à disparaître. Niko reste prostré sur son clavier quelques secondes encore, mais il finit par se redresser en poussant un soupir de soulagement. Il jette un œil sur le Q.G.
« Eh bien, le Q.G. est en bien piteux état, finit-il par dire. Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Où est passée Aniva ? Et Rain Bow ! »
Il se retourne brusquement vers son écran. Par chance, ce dernier fonctionne toujours. Et ce que Niko y voit le stupéfie tellement qu’il en reste muet pendant quelques secondes.
« Mais… Comment ? ! »

Retournons maintenant dans l’entrepôt désaffecté, quelques minutes en arrière. Les Combattants de l’Arc-en-Ciel étaient plutôt mal en point : Red Bow, Green Bow et Yellow Bow inconscients, et pendus au plafond comme des carcasses à l’abattoir ; Blue Bow blessée par Lotarh et sans force ; et Rain Bow qui avait abandonné tout espoir, et se préparait à se sacrifier pour ses amis, en laissant Lotarh prendre son énergie. Lotarh avait d’ailleurs commencé à lever le Miroir de l’Ombre vers Rain Bow, lentement afin de faire durer le plaisir. Mais Lotarh s’arrête brusquement en plein milieu de son geste. Quelque chose a attiré son attention. Il tourne un peu la tête et tend l’oreille. Quelques secondes plus tard, un grondement commence à se faire entendre. Angel et Clémence l’entendent aussi, et ils se demandent ce qu’il se passe. Lotarh est surpris. Le grondement devient de plus en plus bruyant, et le sol commence à trembler. Les gravats accumulés un peu partout commencent à bouger, et quelques pierres en équilibre tombent à terre. Lotarh essaie de rester debout alors que les mouvements du sol s’amplifient. Rain Bow pose les mains par terre pour ne pas basculer. Lotarh perd l’équilibre mais se rétablit. Lorsque le bruit et les vibrations atteignent leur paroxysme, une lumière apparaît devant Rain Bow, qui la regarde, bouche bée.
« Quoi ? ! Que… ? » s’écrie Lotarh quand il remarque la lumière.
Cette lumière n’est qu’une petite boule blanche, mais elle grandit rapidement, et l’on voit qu’elle est vraiment multicolore, faite de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, qui se mélangent et s’interpénètrent. Un arc-en-ciel apparaît autour de cette lumière qui commence à changer de forme. Elle s’allonge, s’affine, acquiert des courbes, et prend une forme humanoïde. Entre Lotarh et Rain Bow médusés, cette lumière prend forme humaine et féminine, tandis que le tremblement de terre continue à faire vaciller l’entrepôt sur ses fondations. Soudain, la forme explose en un flash multicolore éclatant, qui aveugle tout le monde, et coïncide avec l’arrêt des vibrations du sol. Quand la luminosité redevient normale, c’est l’abasourdissement total : à la place de la lumière, entre Rain Bow et Lotarh, se tient la prêtresse Aniva, regard noir et main levée vers le spécialiste de la Haine. Ce dernier manque de lâcher le Miroir de l’Ombre quand il reconnaît la personne qui est en face de lui !
« T… Toi ? ! balbutie-t-il, complètement déstabilisé.
— Oui, moi ! dit Aniva sur un ton décidé. Aniva, grande prêtresse de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel. Je t’ai déjà repoussé une fois, au prix de grands sacrifices. Mais je n’hésiterai pas à recommencer pour protéger cet enfant ! »
Lotarh a perdu toute sa confiance. Il recule, mais reprend contenance et dit, tandis que ses yeux brillent :
« Tu as de la chance Rain Bow, tu viens de gagner un sursis. Mais il sera très court, et quand je reviendrai, il en sera fini de toi ! »
Il disparaît. Aniva reste immobile pendant un instant, puis se retourne et s’agenouille devant Rain Bow.
« Relève-toi, Angel. »
Les yeux encore brillants de larmes, ce dernier demande :
« ... Aniva ? Prêtresse Aniva ? C’est bien vous ?
— Oui, répond-elle en l’aidant à se relever. Je ne pouvais plus rester ainsi sans rien faire. Je suis venue vous aider.
— Prêtresse Aniva… » murmure Blue Bow.
Aniva et Rain Bow se tournent vers elle. Il court vers Clémence et s’agenouille à ses côtés.
« Parle pas, dit-il. T’es blessée. C’est complètement de ma faute… »
Mais Clémence secoue la tête et regarde Aniva.
« Aniva… Comment… ?
— J’ai utilisé le Q.G. comme intermédiaire, pour obtenir suffisamment d’énergie pour une telle transposition. J’espère que la surcharge n’a pas provoqué trop de dégâts…
— Tout est de ma faute, se culpabilise Angel. J’ai tout fait de travers et j’ai fait courir des risques à tout le monde…
— Ce n’est pas vrai, dit Aniva d’un ton doux. Au contraire, tu es celui qui va pouvoir réparer les choses.
— Comment ? !
— Viens, continue-t-elle en le prenant par les mains. Concentre-toi. »
Loin d’être sûr de lui, Rain Bow s’exécute. Il se relève, ferme les yeux et se concentre. Aniva fait de même. Au niveau de leurs mains, un petit arc-en-ciel apparaît. Il grossit, et soudain s’enfle démesurément, en une vague d’énergie qui engloutit tout. Quand la vague disparaît, les Combattants ne sont plus pendus au plafond, mais allongés au sol, et ils commencent à se réveiller. Blue Bow elle-même se relève, surprise de sentir que ses blessures ont complètement disparu. Angel ouvre les yeux, et voit, incrédule, ses amis sains et saufs. Mais ce sont Martin, Alex et Aurélien qui ont le plus grand choc, quand ils voient Aniva présente en chair et en os !

Après un fondu au noir, nous nous retrouvons dans ce lieu sombre où flottent les douze Sages Noirs. Les ombres si noires qui les entourent ont commencé à s’assembler en une forme pseudo-humanoïde déformée. Au milieu du cercle des Sages Noirs, deux yeux rouges apparaissent, suivis du corps de Lotarh.
« Alors Lotarh, dit un Sage Noir, as-tu accompli la mission que t’a confié le maître Esmeros ?
— En partie, dit Lotarh. Mais je suis venu apporter ceci. »
Il lève le Miroir de l’Ombre qui libère une boule de lumière rouge, puis une autre de lumière verte, et enfin une troisième boule de lumière jaune. Elles sont toutes trois éclatantes, vibrantes d’une énergie incomparable. Elles s’élèvent doucement, et se transforment en de véritables comètes qui disparaissent dans les ténèbres. Ces dernières changent de forme et se réorganisent. Des nuages noirs bougent très loin tout autour des Sages noirs, les ombres s’épaississent, et la forme humanoïde se précise tout en restant floue et bizarrement distordue. Des filaments de fumée noire apparaissent un peu partout et s’organisent en paquets, légèrement vibrants et pulsants. Enfin, très haut, au niveau de ce qui ressemble à une tête déformée, deux yeux rouges gigantesques flamboient comme ils ne l’ont jamais fait, brûlants de tous les feux de l’enfer. La voix se fait alors entendre, si l’on peut appeler « voix » quelque chose qui ressemble plus à un millier de coups de tonnerre réunis.
« Cette énergie ! Si pure, si dense ! Ces Combattants de l’Arc-en-Ciel recèlent en eux plus d’énergie que des foules entières ! Mais il y a quelque chose qui manque ! Où est l’énergie de Rain Bow ? !
— Il y a eu un petit contretemps, s’excuse Lotarh en s’inclinant très bas. Je m’apprêtais à lui prendre son énergie quand quelqu’un est intervenu…
— Qui ! Hurle le maître Esmeros, visiblement peu content. Tu ne dois rien me cacher !
— C’était… la prêtresse Aniva ! L’une des grandes prêtresses de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel, celle que j’ai combattue il y a si longtemps, et qui est parvenue à repousser mon armée ! Elle est apparue devant Rain Bow pour le protéger !
— La prêtresse Aniva ? ! »
Ce cri a explosé comme un volcan en éruption. Le silence se fait, et est suivi par un nouveau bruit, qui fait vibrer les ténèbres elles-mêmes. Esmeros rit ! Il rit, d’un rire gigantesque, plein et douloureux. Il finit par arrêter de rire et reprend la parole :
« Habiles petits vers de terre… Ils sont ainsi parvenus à sauver l’une des leurs, comme je l’avais toujours soupçonné. L’existence de ces Combattants de l’Arc-en-Ciel apparaît soudain sous un nouveau jour… Je n’aime pas laisser des choses en suspens ! Lotarh !
— Oui, maître Esmeros ?
— Tant que cette Aniva se mettra sur notre chemin, ma victoire sur la Confrérie de l’Arc-en-Ciel ne sera pas totale. Je ne peux pas le supporter ! Je te charge d’une nouvelle mission : capture Aniva et ramène-la-moi ! Mais je la veux vivante !
— Bien maître, il en sera fait comme vous l’avez ordonné », répond Lotarh en s’inclinant.
Ses yeux se mettent à briller, et il disparaît. Il réapparaît dans son antre de pierre, essoufflé, comme après chaque entretien avec le maître Esmeros, et s’assied sur son trône.
« Capturer Aniva vivante… Comment peut-il oser me demander cela, alors qu’elle m’a déjà humilié deux fois ? ... Oui, je vais la capturer. Mais je ne promets rien quant à son état… »

Nous retournons dans l’entrepôt en ruines. Chacun a raconté aux autres ce qui lui est arrivé. Rain Bow a dû tout avouer, y compris ses cauchemars partiellement prémonitoires. Les autres Combattants sont à la fois ébahis et mal à l’aise. Finalement, la voix de Niko se fait entendre :
« Prêtresse Aniva, Combattants de l’Arc-en-Ciel, vous m’entendez ?
— Parfaitement, dit Aniva. Comment vas-tu ?
— Je suis entier, répond Niko. J’ai eu de la chance qu’aucun débris ne me tombe dessus. Votre transposition a fait quelques dégâts ici.
— C’est bien ce que je craignais. Quelle en est l’étendue ?
— À vue de bec, pas grand chose. Les murs sont fissurés, une console est détruite, mais ce n’est rien qui ne peut se réparer. Par contre, après le check-up interne, c’est moins réjouissant. Tous les systèmes fonctionnent, sauf le circuit de transposition qui a complètement grillé.
— Tu veux dire que tu ne peux plus nous transposer du tout ? demande Blue Bow.
— Exactement, réplique l’oiseau. De plus, Je peux toujours vous voir sur mon écran, mais j’ai dû faire une dérivation de fortune pour pouvoir vous contacter. Ça tiendra pour l’instant, mais pour réparer vraiment, ça risque d’être aussi dur que le circuit de transposition. Vous êtes bloquée sur Terre pour un bon moment, prêtresse.
— Cela n’a pas d’importance. J’en avais assez de rester seule là-haut et de vous laisser prendre tous les risques, explique Aniva. C’est à mon tour de vous aider. »
Tous restent sans voix devant la détermination d’Aniva. Après un moment, Red Bow prend la parole :
« Il nous reste encore à trouver les otages. Niko, est-ce que t’arrives à les détecter ?
— Pas précisément, répond ce dernier. Je détecte bien leurs énergies, donc ils sont tous vivants, quelque part dans l’entrepôt. Mais même si la transposition de la prêtresse Aniva a brisé le champ de forces qui existait autour de l’entrepôt, il semble qu’ils soient sous un autre champ de forces. Il m’empêche d’obtenir leur position exacte. Clémence ?
— Oui Niko ?
— Ton ordinateur est toujours connecté au Q.G. Utilise-le pour essayer de détecter leur position. Vous êtes beaucoup plus proches d’eux que moi et ça devrait t’aider. Par contre, je vais être obligé de couper le contact. L’ordinateur me signale que mes réparations de fortune vont bientôt lâcher. Si je ne coupe pas, je risque de créer encore plus de dégâts et de rendre le Q.G. irréparable. Je suis désolé.
— Ce n’est pas grave, dit la prêtresse. Nous comprenons parfaitement. Au revoir Niko.
— Bonne chance », dit ce dernier.
Ils sentent que la connexion est coupée, et la soudaine impression de solitude les fait frissonner. Blue Bow fait apparaître son ordinateur et commence à l’utiliser.
« Ça marche, dit-elle sans lever les yeux de l’écran. J’ai un plan de l’entrepôt, et j’arrive à détecter leurs énergies. Mais c’est encore très imprécis. Je vais essayer une forme de triangulation, mais ça va prendre un moment.
— Dépêche-toi, dit Rain Bow d’une toute petite voix. Lotarh pourrait revenir…
— T’inquiète pas, dit Green Bow avec un grand sourire, tandis qu’elle passe son bras autour des épaules d’Angel. Cette fois il nous aura pas !
— C’est vrai que maintenant on est tous insensibles au Miroir de l’Ombre, dit Red Bow.
— Tous, sauf Rain Bow », corrige la prêtresse Aniva.
Angel baisse un peu la tête.
« Mais on le protégera ! s’écrie Green Bow qui décidément ne veut pas perdre sa bonne humeur.
— À ce propos, dit Blue Bow sans lever la tête de son ordinateur, Lotarh a fait plusieurs fois allusion à son “maître”, celui pour qui il vole l’énergie. Or, juste avant que vous apparaissiez, il a donné un nom à ce “maître”. Il l’a appelé “maître Esmeros”. Ça vous dit quelque chose, prêtresse Aniva ? »
Aux mots de « maître Esmeros », Aniva est devenue blanche comme un linge. Les Combattants de l’Arc-en-Ciel la regardent, stupéfaits. Seule Blue Bow continue à taper sur son ordi, jusqu’au moment où elle se rend compte du silence qui règne tout d’un coup. Elle relève la tête, et est aussi surprise par le visage décomposé de la prêtresse.
« Prêtresse… Aniva… Ça va ? finit par demander Aurélien.
— Je… Je suis désolée d’avoir été... si brusque », continue Clémence.
Aniva a un faible sourire.
« C’est moi qui suis désolée, dit-elle doucement. J’aurais dû tout vous dire depuis le début. Mais je craignais que vous vous sentiez écrasés devant cette tâche démesurée.
— De quoi est-ce que vous parlez ? demande Martin.
— Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez mentionné le nom de Lotarh ?
— Oui, dit Blue Bow. Vous avez eu une réaction à peu près similaire.
— Exactement. Je vous ai raconté que j’avais combattu Lotarh dans un lointain passé, et que j’étais l’une des douze grands prêtres et grandes prêtresses qui dirigeaient la Confrérie de l’Arc-en-Ciel à cette époque.
— Vous avez eu une drôle de réaction à ce moment-là, dit Martin.
— C’est parce que j’avais omis un détail. Je ne voulais pas le divulguer, peut-être par superstition, peut-être par peur de précipiter les événements avant que vous soyez prêts. Malheureusement, les événements se sont précipités par eux-mêmes.
— De quel détail est-ce que vous voulez parlez ?
— Je veux parler de la mythique fondatrice de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel, la vraie dirigeante de l’organisation. Je veux parler de la demi-déesse qui protégeait et chérissait la Voie Lactée. Je veux parler de celle qui portait le titre de Reine Galactique, et qui pourtant demandait à se faire appeler simplement par son nom : Esmera.
— Esm…  ? ! s’écrie Red Bow.
— Oui, Esmera, continue la prêtresse. Il y a de cela très longtemps, bien avant que la vie intelligente apparaisse sur Terre, la Galaxie était un chaos où régnait la loi du plus fort. Les peuples se livraient à des guerres sans merci et des planètes entières étaient détruites, pour le plus grand plaisir d’entités maléfiques qui se nourrissaient du malheur des autres. Mais un jour apparut Esmera, femme mais en même temps déesse, qui de son pouvoir et de sa bonté infinie parvint à pacifier la Voie Lactée et à repousser les entités démoniaques. Elle fonda ensuite la Confrérie de l’Arc-en-Ciel, dirigée par six grands prêtres et six grandes prêtresses, dans le but de maintenir cette paix. Les entités maléfiques n’avaient pas disparu, et continuaient à être active sur la périphérie de la Galaxie. Elles commencèrent à recruter des personnes égarées, afin de monter leurs propres armées, tout ceci dans le but de faire retomber la Galaxie dans son état violent primitif. Mais la puissance de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel et l’influence d’Esmera parvenaient toujours à repousser ces attaques. Un équilibre se créa, dans lequel les habitants de la Voie Lactée pouvaient se développer harmonieusement. Les attaques étaient rares, et la Confrérie de L’Arc-en-Ciel veillait à minimiser les pertes civiles. L’une des entités était particulièrement active et vicieuse dans ses attaques. Il se faisait appeler Esmeros, et prétendait être le jumeau noir d’Esmera. C’était une créature de cauchemar, pas réellement formée de matière, mais pas vraiment spirituelle non plus. C’était une sorte d’amalgame monstrueux de matières exotiques et d’une volonté malfaisante, qui survivait en vampirisant les énergies de vie des êtres vivants. Survivre était son seul but, et détruire la vie dans la Galaxie était son seul moyen et son seul plaisir. Il possédait le plus grand nombre de suivants de toutes les entités maléfiques, et les avait regroupés en une armée qu’il avait nommé la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir. Elle était dirigée par trois généraux aussi cruels les uns que les autres : Atarh, le spécialiste du Vide, Nitarh, le spécialiste de l’Ombre, et le plus puissant et le plus pervers d’entre tous, Lotarh, le spécialiste de la Haine. Leurs soldats étaient des monstres, des êtres qui avaient vendu leur âme à ce diable pour un peu de pouvoir. Ils obéissaient aveuglément à Esmeros et à ses douze Sages Noirs, ses intermédiaires, car il était dangereux, même pour ses suivants, de converser avec Esmeros lui-même. Néanmoins, malgré toute cette puissance, la Confrérie de l’Arc-en-Ciel et Esmera parvenaient à contenir les attaques de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir. Jusqu’au jour où...
— Jusqu’au jour où quoi ? ! demande un Aurélien impatient, plongé dans l’histoire.
— Nul ne sait exactement ce qui s’est passé. Je parle d’un temps où je n’étais même pas née. Ce que je raconte, c’est ce que j’ai appris moi-même quand j’ai décidé de faire partie de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel. Un jour, l’impensable se produisit : Esmera disparut.
— Comment ? demande Martin.
— Je ne le sais pas. Personne ne le sait. A-t-elle été vaincue par une des entités maléfiques, ou par Esmeros lui-même ? A-t-elle eu un accident ? Est-elle morte de mort naturelle ? Nul ne le sait. Toujours est-il que son influence disparut de la Galaxie. Cet événement brisa l’équilibre qui s’était crée. Les entités maléfiques eurent rapidement vent de la disparition d’Esmera, et décidèrent de redoubler d’efforts pour reprendre le contrôle de la Voie Lactée. Ils finirent par tous s’associer à la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir, et envoyèrent de nouvelles attaques. Au début, la Confrérie de l’Arc-en-Ciel put les repousser comme elle l’avait toujours fait. Mais sans l’influence bénéfique d’Esmera, elle avait perdu beaucoup de sa puissance, et il n’existait nulle part une personne capable de reprendre le flambeau. Les attaques répétées affaiblissaient la Confrérie qui avait de plus en plus de mal à accomplir sa mission. C’est dans ce contexte que je suis née, que j’ai grandi, et que je suis finalement devenue grande prêtresse de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel. À mon époque, j’étais la plus jeune des douze, et même la plus jeune personne à être jamais devenue grand prêtre. Malheureusement, je devais aussi être la dernière à jamais le devenir…
— Ça va ? demande Alexandra.
— Oui, ne t’inquiète pas Green Bow, répond Aniva. Après tant de temps d’amnésie, mes souvenirs sont tellement frais, presque douloureux, dans ma mémoire… Peu après mon accession à la position de grande prêtresse, les entités maléfiques, Esmeros en tête, décidèrent de frapper un grand coup, en envoyant toutes leurs forces dans la bataille. Ce fut un horrible massacre. Le front de bataille avançait lentement de la périphérie de la Galaxie vers son centre. Des planètes entières étaient détruites, des systèmes solaires se sacrifiaient pour détruire les armées ennemies. La Confrérie de l’Arc-en-Ciel mit aussi toutes ses forces dans cette guerre galactique. Je fus moi-même envoyée au front pour diriger nos armées. De toutes les batailles, c’étaient celles impliquant la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir qui étaient les plus meurtrières. Les trois spécialistes ne reculaient devant rien pour tout détruire, et Esmeros lui-même était présent, flottant au dessus du champ de bataille et absorbant les énergies des mourants, qu’ils fassent partie de son camp ou du camp adverse. Durant l’une des dernières batailles, j’ai été confrontée à Lotarh lui-même. Je l’ai combattu pendant que nos armées s’entre-déchiraient. J’ai finalement réussi à le repousser, et à détruire une partie de son armée, mais cela a coûté une planète entière… »
Les larmes d’Aniva alertent Angel, qui essaie de réconforter la prêtresse.
« Prêtresse, si vous voulez, on peut continuer plus tard, dit-il.
— Ça va, réplique Aniva en séchant ses larmes. Je me sens coupable d’avoir été épargnée lors de ce sacrifice. J’ai été sauvée par la mort de millions de personnes… Après cette bataille, je fus rappelée sur Planète-Mère, la planète d’origine d’Esmera et siège de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel, qui se situait en plein cœur de la Galaxie. Quand j’arrivai dans la salle de réunions solennelle, les onze autres grands prêtres et prêtresses étaient déjà là. Ils me dévisageaient en silence, ce qui me mit plutôt mal à l’aise. Ce fut notre doyen qui prit la parole. Il m’expliqua que lors de mon initiation de grande prêtresse, une chose m’avait été cachée, un secret qui ne devait m’être révélé qu’au moment opportun. Malheureusement, me dit-il, le moment était venu. Il me rappela la puissance et la bonté d’Esmera, et me révéla son plus grand secret : ses dons de prescience. Esmera était capable de lire l’avenir ! C’est grâce à ses prophéties que la Confrérie de l’Arc-en-Ciel était parvenue à maintenir un semblant de paix jusqu’ici. Même disparue, Esmera continuait à nous protéger ! Quant à sa dernière prophétie, elle me concernait directement, et il était temps que j’en prenne connaissance. Le doyen fit apparaître une image au-dessus de notre table de réunion. Je la reconnus tout de suite pour avoir vu cette image des milliers de fois : c’était Esmera, reconnaissable entre mille par ses yeux emplis d’amour, par ce visage reflétant une sérénité sans bornes. Mais cette fois, il ne s’agissait ni d’un portrait ni d’une image statique, c’était un film holographique ! Pour la première fois, je voyais Esmera bouger, vivre, et je la vis s’adresser à moi ! Je n’oublierai jamais ses mots : “Toi, jeune fille née dans une période de troubles et de violence, jeune prêtresse aux cheveux de feu et au cœur de la même couleur, toi qui porte le poids du sacrifice d’un monde, toi que je ne rencontrerai jamais, je te parle à travers les âges et je sais que tu m’entends. Je sais que la Galaxie est à feu et à sang, je sais que je ne suis plus là pour la protéger, et que ma disparition est en partie responsable de cet état. Malheureusement, il est parfois impossible de contrer les voies du destin… Je sais aussi que votre combat est sans espoir, et qu’il faudra sacrifier la Confrérie de l’Arc-en-Ciel et ma planète natale pour ramener la paix. Mais je sais que cela ne durera qu’un temps, et qu’il faut absolument qu’une braise du feu sacré de l’Arc-en-Ciel survive. Cette braise, c’est toi ! Tu dois quitter Planète-Mère, rejoindre mon ami et confident dans le sanctuaire où il dort depuis longtemps. Ce sanctuaire se situe sur le satellite d’une petite planète bleue, dans un bras situé à la périphérie de la Voie Lactée, dans un système solaire pour l’instant insignifiant, mais qui deviendra un jour le nouveau centre de la Galaxie. Tu dois t’y rendre et t’y endormir, car dans des éons d’ici, le mal réapparaîtra, et la paix dans la Galaxie sera de nouveau mise en péril. À ce moment-là, tu te réveilleras, et quand tu découvriras le danger qui guette, tu sauras quoi faire. Tu es le seul espoir de la Galaxie. Crois en toi, et tu réussiras tout ce que tu entreprendras.” »
(NdlA : Hé hé, maintenant, vous avez appris quelque chose. Eh oui, Aniva est rousse !)

Un silence de plomb s’est installé dans l’entrepôt. Même Blue Bow a cessé de taper sur son ordinateur de poche. La prêtresse reprend la parole.
« Peu après la fin du message, l’alarme se déclencha. Planète-Mère était attaquée ! Une porte s’ouvrit et un soldat apparut. Le doyen m’ordonna de le suivre. Il allait me conduire à un vaisseau dont le pilotage automatique était programmé pour m’amener à la base de repli, le sanctuaire dont parlait Esmera. Je voulus protester, mais les autres prêtres et prêtresses m’en empêchèrent. Le soldat me prit par le bras et me força à partir avec lui. Je n’oublierai jamais la sérénité des grands prêtres quand je les ai quittés. Je suivis le soldat dans les couloirs du siège de la Confrérie. Plusieurs fois, nous fûmes bousculés par les ondes de choc d’explosions qui se produisaient un peu partout sur Planète-Mère. Je sentais que c’était la fin, le sacrifice qu’Esmera avait prévu. Malgré tout, mon esprit se révoltait à cette idée. Nous arrivâmes finalement à un hangar où un vaisseau unique attendait. Le soldat m’y fit monter. Je lui demandai de me suivre, mais il me sourit en me disant qu’on avait besoin de lui ailleurs. Ses yeux montraient qu’il savait qu’il allait mourir, et qu’il acceptait son sort. Il y avait plus de sagesse dans les yeux de ce simple soldat que dans mon cœur à ce moment-là ! Je me sentais comme une petite fille capricieuse et gâtée. Je refermai la porte du vaisseau et me mis aux commandes. Rapidement, le vaisseau quitta le hangar et s’éleva dans le ciel de Planète-Mère, rougi par les combats qui s’y déchaînaient. J’y vis aussi une ombre noire menaçante : Esmeros lui-même ! Je parvins à m’échapper de l’atmosphère de Planète-Mère sans me faire repérer. J’enclenchai le pilote automatique et me postai à l’arrière pour regarder la planète que je quittais. Soudain, une lueur gigantesque m’aveugla, puis une forte secousse ébranla le vaisseau : Planète-Mère venait d’exploser ! Elle s’était désintégrée, emportant tout avec elle, la Confrérie de l’Arc-en-Ciel avec celle de l’Arc-en-Ciel Noir, Esmeros y compris. Du moins, c’est ce que j’espérais. Brusquement, le vaisseau se transposa dans le monde supra-luminique et je ne vis plus rien. Dans ce monde, on peut voyager à des vitesses gigantesques dépassant de loin celle de la lumière, ce qui me permettrait de rejoindre la base de repli en quelques jours. Mais à ce moment je ne pensais pas à ça. Je pleurais. Je pleurais la mort de milliards de gens et la destruction de l’idéal pour lequel je m’étais battu. Je pleurais la destruction de la civilisation la plus réussie de la Voie Lactée. Mais surtout, je pleurais la perte de mes amis les plus chers. J’ai pleuré longtemps, puis il semble que je me sois endormie. J’ai très peu de souvenirs des jours suivants, jusqu’à ce que j’arrive à la base de repli, sur la face cachée du satellite naturel d’une petite planète bleue, qui un jour prendrait le nom de Terre. Une fois arrivée, je découvris que tout avait déjà été préparé. Il y avait deux capsules d’hibernation, l’une vide pour moi, l’autre déjà occupée. Je découvris enfin qui était le confident d’Esmera : Niko, l’oiseau Arc-en-Ciel. L’ordinateur était prêt à me mettre en hibernation, aussi je suis allongée dans ma capsule sans tarder. Je m’endormis rapidement. Vous connaissez la suite… »
Le silence règne. Les Combattants de l’Arc-en-Ciel ne savent pas quoi dire et restent muets, quand on entend un applaudissement lent et mesuré. Tout le monde sursaute, et se tourne vers l’origine de ce bruit. Deux yeux rouges apparaissent, et sont suivis par le corps de Lotarh, qui arbore un grand sourire.
« Merci, chère prêtresse. Très charmante histoire… Je sais enfin ce qui s’est passé sur Planète-Mère. Pour compléter ton petit conte, sache que nous les spécialistes n’étions pas sur Planète-Mère au moment de sa destruction. Maître Esmeros nous avait envoyés en hibernation, avec une partie de notre armée, sur une petite planète bleue que vous connaissez bien. N’est-ce pas une merveilleuse coïncidence ? !
— Grrr… Tu as tué des milliards de gens, s’insurge Red Bow. Tu vas me le payer !
— Parce que tu crois que tu m’impressionnes avec tes petits feux de paille ? Cette histoire aurait dû vous montrer que la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir est indestructible.
— Ce n’est pas vrai ! s’écrie Aniva. Vous avez été vaincus une fois, et vous le serez de nouveau !
— Vaincus ? Non… Juste retardés. Et comment espères-tu nous vaincre sans tes précieux petits Combattants de l’Arc-en-Ciel ? ! »
Les yeux de Lotarh brillent. Il fait apparaître un cristal long et pointu, noir aux reflets rouges, et le jette… sur Rain Bow !
« Non ! » crie Green Bow.
Angel n’a pas le temps de se mettre à l’abri. Il voit le cristal long comme un avant-bras voler vers lui, et ferme les yeux au moment juste avant qu’il ne le transperce… mais rien ne se passe. C’est le silence absolu. Rain Bow rouvre les yeux, et découvre qu’il regarde le dos d’Aniva ! Elle chancelle et tombe dans ses bras.
« Aniva ! » s’écrie-t-il.
Elle ne tient pas debout. Il s’agenouille pour lui permettre de s’allonger, et comprend tout de suite pourquoi : le cristal lui est enfoncé en plein cœur !
« Aniva… Pourquoi ? ! » demande Angel avec les larmes aux yeux.
La prêtresse ouvre les yeux, et regarde Rain Bow d’un air tendre.
« Tu… Tu es Rain Bow, le seul qui puisse sauver la Terre de ces monstres. J’ai accompli mon rôle en te révélant tes pouvoirs… Ma tâche étant terminée, plus rien… ne me retient ici. Par contre, ta tâche… ne fait que commencer… C’est pour ça que tu dois vivre… Ah ! ... Tu dois le faire pour moi… et pour tous ceux qui… se sont sacrifiés… pour que la paix… règne… Je suis heureuse… de t’avoir… connu… Adieu… »
Elle referme les yeux, et son corps se détend complètement.
« Aniva, répondez ! crie Rain Bow entre deux sanglots. Aniva, NON ! »
Ses cheveux se mettent à briller, d’une lumière multicolore presque insoutenable. Son aura apparaît et s’élargit, grandissant jusqu’à atteindre Lotarh qui est repoussé par cette puissance. Il tente de résister, mais la pression est trop forte.
« Qu’est-ce qui se passe ? ! »
Il est soulevé, projeté contre le mur et tombe à terre. L’air continue à briller pendant quelques instants, illuminé par l’énergie de Rain Bow, puis la lumière disparaît subitement. Les cheveux de Rain Bow cessent aussi de briller, et ce dernier tombe sur le sol, inanimé. Les autres Combattants se ruent vers lui.
« Rain Bow ! » s’écrie Yellow Bow.
Lotarh a eu le temps de se relever. Les Combattants se retournent vers lui.
« Vous ne perdez rien pour attendre, fait-il en essuyant le sang vert qui coule d’une égratignure à la joue. En attendant, je vais accomplir la mission que m’a confié le maître Esmeros. »
Ses yeux brillent, et il jette une boule d’énergie noire sur le corps d’Aniva, qui est soulevé et emporté vers Lotarh. Avant que le Combattants ne puissent réagir, ils disparaissent tous les deux.
« Lotarh ! Aniva ! s’écrie Red Bow. Merde ! On l’a laissé s’échapper !
— Laisse, Martin, dit Blue Bow. Il y a plus important pour l’instant.
— Et Angel, il va bien ? demande Alexandra, inquiète.
— Ça va, il est juste évanoui, répond Clémence en lui prenant le pouls. Dis-moi, Martin, est-ce que tu penses pouvoir porter Angel ?
— Angel ? Bien sûr ! Il est aussi léger qu’une plume ce gars-là ! ... Mais pourquoi tu me demandes ça ? T’as trouvé où sont les otages ?
— Oui, ils sont pas loin d’ici. En plus, ils sont près de la sortie.
— Alors allons-y ! »
Les Combattants se relèvent, tandis que Red Bow prend Rain Bow sur son dos.
« Et Aniva ? demande Yellow Bow.
— Si elle est encore vivante, on la sauvera ! promet Martin. Et si elle est morte, je la vengerai de mes propres mains !
— Allons-y, dit Clémence, c’est par ici. »
Elle ouvre la marche tout en regardant son ordinateur, et les autres la suivent.
« Vous avez vu ce qu’a fait Angel ? demande Alex.
— Il a projeté Lotarh comme un fétu de paille, dit Clémence.
— Oui, dit Martin, il a encore augmenté ses pouvoirs. Pourtant il a aucune confiance en lui.
— Souvenez-vous de ce qu’Aniva a dit, continue Clémence. Elle a dit que nous sommes là pour protéger Rain Bow, et que protéger la Terre est sa mission exclusive. Quand je vois l’étendue de ses pouvoirs, je la crois sans peine. Je me rends aussi mieux compte de ce que notre mission implique… »
Personne ne relève après ces derniers mots. Ils ont tous le visage grave, et repensent au geste d’Aniva.

Au milieu du cercle des Sages Noirs, deux yeux rouges apparaissent, suivis de leur propriétaire.
« Alors, Lotarh, commence un des Sages Noirs, as-tu accompli la mission que t’avait confiée le maître ?
— Oui, répond le spécialiste de la Haine. Voici celle qu’il voulait. »
Ses yeux brillent, et Aniva apparaît, allongée en lévitation et sans vie. Le cristal noir a disparu, mais sa robe est tachée de sang au niveau du cœur. Soudain, les yeux rouges de feu d’Esmeros apparaissent loin au-dessus des Sages Noirs, et sa voix tonne d’une colère véritablement divine !
« Quoi ? ! Je t’avais ordonné de me la ramener vivante ! »
Sous les pieds de Lotarh, un cercle lumineux se forme. Il émet une colonne de vent noir autour du spécialiste, qui se crispe et crie de douleur.
« Je… Je voulais la ramener vivante, dit Lotarh avec effort. Mais cette idiote… s’est interposée… quand j’ai voulu me débarrasser une bonne… ah ! ... fois pour toutes… de Rain Bow. »
Le vent noir souffle de plus en plus fort. Lotarh, paralysé, est lentement soulevé.
« Te débarrasser de Rain Bow, alors que tu ne m’as pas encore apporté son énergie ? ! Tu savais pourtant que je voulais l’énergie de l’Arc-en-Ciel ! Tu vas voir ce qu’il en coûte de me désobéir !
— Je… Je n’allais pas… vous désobéir… J’aurais… pris… son énergie… avant qu’il rende son… dernier soupir… comme vous… autrefois… le faisiez… »
À ces mots, la colonne disparaît, et Lotarh retombe à genoux entre les Sages Noirs, à côté du corps inanimé d’Aniva. Esmeros semble réfléchir :
« Je vais te laisser une dernière chance de m’apporter l’énergie de Rain Bow. Mais je la veux maintenant, j’en ai besoin pour que mon réveil soit total ! Alors n’échoue pas cette fois ! C’est la dernière fois que je ferai preuve de pitié !
— Bien maître, je vous remercie », dit Lotarh en se relevant difficilement.
Il parvient à s’incliner et disparaît. Les yeux rouges gigantesques semblent contempler le corps de la prêtresse.
« J’ai enfin la braise du feu sacré de l’Arc-en-Ciel en ma possession, se dit Esmeros. Il est dommage que Lotarh l’ait abîmée… Mais peut-être pourrais-je tourner cette situation à mon avantage… »

Dans les couloirs poussiéreux de l’entrepôt désaffecté, les Combattants de l’Arc-en-Ciel marchent pour retrouver les otages de Lotarh.
« C’est encore loin ? demande Aurélien. J’commence à avoir mal aux pieds.
— Pff… C’est moi qui suis chargé comme un mulet et c’est lui qui se plaint, réplique Martin.
— Je croyais qu’Angel était léger comme une plume ? demande Alexandra, d’humeur taquine.
— Nous arrivons, dit Clémence qui ne relève pas les yeux de son ordi.
— Tiens, y en a un qui se réveille d’ailleurs », dit Red Bow.
En effet, Angel frémit. Il finit par ouvrir les yeux.
« ... A… Aniva ?
— Calme-toi, dit Green Bow. Tu crois que tu vas pouvoir tenir debout ?
— On va le savoir tout de suite, dit Martin qui semble en avoir assez de son fardeau. Allez hop ! »
Angel se retrouve debout. Il regarde les Combattants un par un et demande :
« Aniva ? Où est Aniva ? Est-ce qu’elle est… ?
— On sait pas, dit Clémence. Tu es parvenu à repousser Lotarh, mais il a disparu en emmenant Aniva avec lui.
— T’inquiète pas ! dit Alex avec un grand sourire. On va la retrouver !
— V’nez voir ! J’les ai tous retrouvés ! » s’écrie Yellow Bow qui était passé devant.
Tout le monde se dépêche, et en effet, ils se retrouvent dans une grande salle, au fond de laquelle sont attachées toutes les victimes du Miroir de l’Ombre. Lydia, grand-père, mademoiselle Galian, le majordome d’Aurélien et les autres, tous sont présents, et sans connaissance. Voyant Lydia, Angel court vers elle. Mais quelques mètres avant de l’atteindre, il y a un flash de lumière et il est projeté en arrière. Il retombe lourdement à côté des Combattants.
« Ça va Angel ? demande Green Bow en l’aidant à se relever.
— Ça va… Aïe ! répond ce dernier en se tenant la tête.
— Qu’est-ce que c’est ? demande Martin à Clémence.
— Un champ de forces, répond-elle en consultant son ordinateur de poche. Il les entoure tous. Si on veut pouvoir les secourir, il va falloir le briser.
— Je m’en charge ! s’écrie Red Bow. J’ai besoin d’un peu d’action ! Boule de Feu ! »
Blue Bow fait un geste pour l’en empêcher, mais c’est trop tard. La boule de feu fonce vers les otages, mais il y a un flash lumineux, la suggestion d’un dôme autour d’eux, et elle est renvoyée à l’expéditeur.
« Barrière de Vent ! »
Grâce à la présence d’esprit de Green Bow, le pire a été évité. Blue Bow gronde Red Bow :
« Tu sais pourtant qu’à chaque fois que tu te précipites, tu crées une catastrophe ! Il faut réfléchir et analyser le champ de forces d’abord !
— Ça sert à rien…
— Hein ? ! »
Les Combattants de l’Arc-en-Ciel se tournent vers Rain Bow.
« Ça sert à rien, c’est inutile, continue ce dernier. Tout est inutile. On arrivera jamais à les vaincre… »
Il lâche un long soupir.
« J’abandonne…
— Quoi ?
— J’ai dit : “j’abandonne” ! répète Angel en levant les yeux vers les Combattants. Depuis que je suis devenu Rain Bow, il y a eu que des souffrances. Lydia a souffert, vous avez souffert, des innocents ont souffert ! J’en ai assez des souffrances ! Je veux plus voir de souffrances ! Je veux plus me battre ! »
Angel a lancé ces derniers mots avec les larmes aux yeux. Martin s’approche de lui. Ils se regardent un instant. Vlan ! Martin gifle Angel tellement fort que ce dernier tombe par terre.
« ... Martin ! Pourquoi t’es toujours méchant comme ça ? ! ... Oh ? »
En relevant les yeux, il voit que des larmes coulent sur les joues de Red Bow.
« T’as vraiment rien compris, dit ce dernier d’un ton méprisant. Quand je pense qu’Aniva s’est peut-être sacrifiée pour te sauver ! Et toi tu l’insultes en te comportant comme un lâche ! T’as pas compris que tu es le seul espoir de la Terre, le seul à pouvoir faire cesser toutes ces souffrances ? ! Nous avons tous promis à Aniva que nous te protégerions jusqu’au bout, mais je refuse de protéger un lâche et un pleurnichard ! Alors soit tu nous montres qu’Aniva s’est pas sacrifiée en vain, soit tu disparais, et je veux plus jamais te revoir !
— Martin… murmure Angel.
— Tiens tiens, y aurait-il de l’eau dans le gaz chez les Combattants de l’Arc-en-Ciel ? »
Lotarh apparaît entre eux et le champ de forces. Il a un grand sourire.
« Lotarh ! s’écrie Rain Bow. Où est Aniva ? !
— Elle est actuellement aux mains du maître Esmeros, répond-il. Mais si tu consens enfin à me donner ton énergie, peut-être que je te la ramènerai… Elle ou son cadavre ! Ha ha ha ha ha !
— Lotarh, tu es ignoble ! dit Green Bow avec dégoût. Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ? !
— Parce que vous croyez peut-être que j’ai le choix ? ! réplique Lotarh en riant. N’oubliez pas que si votre Esmera était la reine de la Vérité, Esmeros est le roi du Mensonge ! Il nous avait promis monts et merveilles pour nous séduire, mais nous n’avons reçu que des miettes !
— Alors pourquoi rester ? ! s’insurge Yellow Bow.
— Je ne suis qu’une marionnette, et il n’est pas bon pour une marionnette de désobéir à son maître. Rappelez-vous le sort d’Atarh et Nitarh. Et puis, des miettes de pouvoir, c’est du pouvoir quand même ! Mais trêve de parlotes inutiles, je suis venu pour prendre l’énergie de Rain Bow, et je compte bien y arriver cette fois. »
Il sort le Miroir de l’Ombre, mais se rend compte que les Combattants de l’Arc-en-Ciel se sont interposés entre lui et sa cible.
« Je pense que tu n’as pas très bien compris, commence Red Bow. Nous sommes les Combattants de l’Arc-en-Ciel, et notre mission est de protéger Rain Bow contre toute attaque.
— Nous avons promis à la prêtresse Aniva d’accomplir cette mission au péril de nos vies, et nous comptons bien tenir cette promesse, continue Blue Bow.
— Nous avons confiance en Rain Bow. Nous mettons nos vies en jeu pour qu’il puisse protéger la Terre, ajoute Green Bow.
— Tant qu’il nous restera un souffle de vie, tu nous trouveras sur ton chemin. Jamais tu ne toucheras à un cheveu de notre ami ! conclue Yellow Bow.
— Vous êtes d’un ennuyeux, soupire Lotarh. Enfin… »
Ses yeux se mettent à briller, et d’un ample geste il envoie une vague d’énergie noire sur les Combattants. Ceux-ci résistent du mieux qu’ils peuvent et tentent de repousser cette attaque, mais en vain. Ils tombent l’un après l’autre, terrassés par l’attaque de Lotarh.
« Et voilà ! se complimente Lotarh, devant les Combattants qui essaient de se relever sans réussir. Plus rien ne peut m’empêcher de gagner maintenant.
— N’en sois pas si sûr !
— Hein ? ! »
Rain Bow se relève. Ses yeux sont noirs de colère. Il avance lentement, passant à côté de chaque Combattant, pour se retrouver en face de Lotarh. En avançant, il s’adresse à ce dernier :
« Tu as blessé mes amis. Tu as fait souffrir des innocents. Pire, tu as détruit des mondes entiers ! Tu prétends n’être qu’une marionnette, mais tu as montré de nombreuses fois que tu y prends du plaisir ! Tu es impardonnable ! Je suis le messager de l’espoir, et jusqu’à présent je n’avais pas compris ce que ça voulait dire. Mais maintenant j’ai compris : l’espoir n’est pas quelque chose qui vient de l’extérieur, c’est quelque chose qui se crée. Je crée mon propre espoir, et je ne douterai plus ! Ma mission est de protéger cette planète, et je la mènerai à bien ! J’ai la confiance de mes amis, et je ne veux pas la décevoir ! Jamais, tu m’entends ? Jamais toi et ta clique ne parviendrez à vos fins, jamais ! »
Rain Bow met la main devant son amulette.
« Et comment comptes-tu t’y prendre ? rétorque Lotarh. Avec ta Toile Arc-en-Ciel ? Mais je ne suis pas un de mes soldats, et tu ne risques pas de me faire quoi que ce soit avec cette attaque ridi… Hein, qu’est-ce qui se passe ? ! »
Lotarh a raison d’être surpris : derrière sa main, l’Amulette Arc-en-Ciel de Rain Bow brille de mille feux, envoyant des pinceaux de lumière un peu partout. Cette lumière entoure sa main tandis qu’il la lève au-dessus de la tête. Il la baisse légèrement, formant ainsi un bout d’arc-en-ciel. Les pinceaux de lumière se retournent et viennent frapper sa main, augmentant encore la concentration d’énergie. Brusquement, Rain Bow tend son bras, montrant Lotarh du doigt, et hurle : « Toile Arc-en-Ciel, action ! ». La toile se déploie, emprisonnant Lotarh qui devient blême.
« Je… Je n’arrive pas à me libérer ! »
Au bout du doigt de Rain Bow, une concentration d’énergie pure se forme, qui envoie des boules d’énergie blanche vers Lotarh !
« Non, je ne veux pas finir comme ça ! Pas maintenant ! »
Ses yeux rouges brillent, et il parvient à disparaître peu avant que les boules d’énergie le touchent. Celles-ci continuent leur chemin et frappent le champ de forces, qui devient visible sous l’impact. Mais il ne résiste pas longtemps à la puissance de Rain Bow et se brise ! L’énergie de Rain Bow continue à se répandre. Nous voyons maintenant l’entrepôt de l’extérieur. De chacune de ses ouvertures une lumière blanche s’échappe. Les faisceaux de lumière gagnent en puissance. Des fissures se forment, laissant échapper encore plus d’énergie. Soudain, tous les faisceaux se rejoignent et tout devient blanc. Quand la luminosité redevient normale, il ne reste plus de l’entrepôt désaffecté que quelques portions de mur encore debout, quelques poutres métalliques tordues, et des gravats. Au milieu de ces ruines, Rain Bow, ses amis et les otages (dont les liens ont disparu) sont indemnes. Les Combattants se relèvent doucement, et les ex-otages commencent à bouger. Rain Bow se tourne vers ses amis.
« Merci, merci d’avoir cru en moi. Vous m’avez aidé à reprendre confiance en moi-même. Maintenant, je me battrai à fond. Je veux être digne de votre confiance.
— On sera toujours à tes côtés, dit Red Bow avec un grand sourire. Nous sommes fiers de toi. »
Tous acquiescent.
« Nous sortirons Aniva de leurs griffes, puis nous les vaincrons définitivement », dit Green Bow d’un air décidé.
Angel hoche la tête. Ils se tournent vers le soleil couchant. Chacun regarde ce soleil, qui baigne tout d’une lumière dorée, avec un air serein. Le combat sera de plus en plus difficile, mais ils sont maintenant prêts à se battre jusqu’au bout. Ils créent leur propre espoir, et savent que ce dernier peut faire des miracles !

Friday, 15 July 2011

Kibou Niji Rengou Rainbow Fighters. Épisode 21 : entre la Haine et le Cauchemar

Dans le Q.G., c’est la panique. Aniva, atterrée, regarde Niko qui tente de reprendre contact avec les Combattants. Évidemment, il n’y parvient pas :
«  Rain Bow ! Red Bow ! Green Bow ! Blue Bow ! Yellow Bow ! ... Rien à faire, le signal ne peut pas les atteindre.
— Sais-tu au moins où ils se trouvent ? demande Aniva d’une voix tremblante.
— Oui, dit Niko, je peux détecter leurs énergies. Ils sont dans un entrepôt désaffecté en banlieue parisienne. Ils sont assez loin les uns des autres, ajoute-t-il en regardant son écran, où l’on voit cinq points lumineux clignoter sur une carte de l’entrepôt. Mais je n’arrive pas à les contacter ni à les retransposer. Il doit y avoir une espèce de champ de forces au-dessus de ce bâtiment qui bloque les ondes. Nous ne pouvons qu’être spectateurs… »
Aniva semble encore plus désolée devant ce constat d’échec. Elle joint les mains en un geste de prière et dit :
«  Combattants de l’Arc-en-Ciel, vous êtes seuls dans cette bataille. Je vous en prie, ne perdez pas espoir ! Ce n’est qu’ainsi que vous vaincrez Lotarh ! »

Dans un endroit sombre et délabré, Red Bow est allongé à même le sol, évanoui. Il se réveille, et après un moment de flottement il se rappelle le message de Lotarh et se relève subitement. C’est alors qu’il se rend compte qu’il est tout seul.
«  Rain Bow ? ! Les amis ? ! » crie-t-il.
Il attend un instant, mais seul l’écho lui répond.
«  Mais qu’est-ce qui s’est passé ? se demande-t-il en se massant les tempes. On s’est transposés ensemble, on aurait dû réapparaître ensemble, et certainement pas évanouis… Qu’est-ce que Lotarh a encore fait ? ! Eh oh ! Les amis ! Vous êtes là ? ! »
Peine perdue. Là encore, seul l’écho lui répond. Red Bow regarde autour de lui. Il est dans un grand couloir au murs de béton, haut de plafond et à moitié délabré.
«  Hum… Il se pourrait bien que les autres soient encore évanouis, quelque part dans ce bâtiment… En espérant qu’ils sont dans le même bâtiment que moi. En tout cas, ça sert à rien de rester ici à attendre, autant que j’aille les chercher tout de suite. »
Il commence à marcher en regardant autour de lui quand il voit quelque chose bouger dans la pénombre. Il s’arrête et se rend compte que c’est une silhouette humaine qui s’approche de lui. Son sang ne fait qu’un tour quand il reconnaît Lotarh ! Ce dernier s’avance vers lui en souriant de toutes ses dents.
«  Lotarh ! Qu’est-ce que tu fais là ? ! Et qu’est-ce que t’as fait de mes amis ? ! » s’écrie-t-il.
Pour toute réponse, Lotarh se met à rire, ce qui rend Red Bow rouge de colère.
«  Arrête de rire comme ça ! Et réponds-moi quand j’te parle ! »
Mais Red Bow s’époumone pour rien, cela ne fait qu’empirer les choses et Lotarh rit de plus belle. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour Red Bow, qui devient si rouge qu’on croirait qu’il va éclater.
«  Tu te crois malin hein ? ! Tu te crois si important que tu peux faire tourner les gens en bourrique comme ça ? ! Tu m’ignores peut-être mais je crois pas que tu puisses ignorer ça ! Boule de Feu ! »
Contre toute attente, Lotarh ne réagit pas. Il ne bouge pas, il n’arrête même pas de rire, et quand la boule de feu l’atteint, elle le traverse sans dommage et s’écrase sur le mur du fond !
«  Quoi ? ! » s’écrie Red Bow qui n’en croit pas ses yeux.
Lotarh continue à rire et s’immobilise à deux mètres environ en face de Red Bow. À ce moment, ce dernier entend un deuxième rire, identique au premier mais en légère dissonance, et venant cette fois de derrière lui. Il se retourne et voit Lotarh s’avancer vers lui en riant ! Il se retourne de nouveau mais le premier Lotarh n’a pas bougé ! Deux Lotarh sont maintenant en train de lui rire au nez !
«  Alors c’était ça ! dit Red Bow en s’adressant au deuxième Lotarh. Tu as voulu me berner avec une illusion ! Mais ça marchera pas avec moi ! Boule de Feu ! »
Mais la boule de feu traverse le deuxième Lotarh comme elle a traversé le premier. Ce deuxième Lotarh s’immobilise aussi à deux mètres de Red Bow. Ce dernier entend maintenant un troisième rire, identique et pourtant dissonant, puis un quatrième, un cinquième, tandis que des Lotarh surgissent de partout. Finalement, Martin se retrouve entouré d’une dizaine de Lotarh riant à gorge déployée, dans une cacophonie qui est en train de le rendre fou. Il se met les mains aux oreilles pour ne plus entendre cette torture sonore, mais celle-ci est trop forte.
«  Arrêtez ! hurle-t-il. Arrête Lotarh ! »
Mais les rires continuent, et Red Bow les supporte de moins en moins. Il a maintenant un genou à terre et commence à perdre son sens de l’équilibre.
«  Tu… Tu vas me le payer Lotarh… Je vais te montrer de quoi je suis capable quand je suis hors de moi… Boule de Feu ! »
Il envoie une boule de feu qui tournoie autour de lui et frappe les doubles de Lotarh les uns après les autres. Cette fois-ci, les illusions disparaissent quand elles sont frappées par la boule de feu, mais la puissance de sa colère est telle que la boule s’enfle démesurément. Avant qu’il ait pu faire quoi que ce soit, elle frappe Red Bow lui-même qui hurle de douleur et de surprise. Quand le feu disparaît, Red Bow est à terre, légèrement brûlé et incapable de se relever. Au-dessus de lui apparaissent deux yeux rouges, puis Lotarh (le vrai cette fois) qui regarde Martin avec un air de dédain.
«  Pauvre idiot ! dit-il à Red Bow qui le regarde avec des yeux remplis de douleur. Ne sais-tu pas que la haine et la colère sont sœurs ? Comment espérais-tu donc vaincre l’une avec l’autre ? ! Il a été si facile de retourner ton pouvoir contre toi-même… Je n’ai quasiment eu aucun effort à faire. C’est une récolte facile cette fois ! »
Lotarh tend son Miroir de l’Ombre vers Red Bow, qui n’a ni le temps ni la force de détourner les yeux de son reflet. Il perd son énergie, absorbée par le Miroir sous la forme d’une fumée rouge. Il finit par perdre conscience, et quelques secondes plus tard le flux d’énergie disparaît.
«  Et voilà ! triomphe Lotarh. Aux autres à présent ! »
Et la scène disparaît en fondu au noir.

Dans le Q.G., l’atmosphère est tendue, au point que Niko sursaute quand l’un des points clignotants sur son écran, le point rouge, disparaît brusquement.
«  Qu’est-ce qui se passe ? demande Aniva, inquiète.
— J’ai… J’ai perdu le contact avec Martin ! s’écrie Niko. Sa signature énergétique a disparu !
— Non ! Ce n’est pas possible !
— Martin… dit Niko en tapant fébrilement sur le clavier d’ordinateur. Ça y est ! Son énergie n’a pas disparu, mais elle a énormément baissé. Elle est à son niveau minimal. S’il ne reçoit pas d’aide rapidement, Martin va… »
Mais Niko n’est pas capable de terminer sa phrase. Il n’en a d’ailleurs pas besoin : Aniva a bien compris le message.

Dans un autre couloir de l’entrepôt, lui aussi encombré de gravats, Green Bow est étendue à terre, sans connaissance. Mais son corps frémit : elle se réveille. Lentement, elle s’accroupit et met une main à la tête.
«  Ouh la la ! J’ai mal à la tête… »
Elle passe la main dans les cheveux mais s’arrête soudain, comme troublée par quelque chose. Elle regarde sa main pendant un moment.
«  Mais… J’ai de la poussière dans les cheveux ! »
Elle commence à ébouriffer ses cheveux comme elle peut, levant un véritable nuage de poussière qui la fait tousser. Finalement, elle se calme et le nuage retombe. Elle se lève et ses cheveux se remettent en place, pas du tout décoiffés par le traitement qu’Alexandra leur a fait subir. Ce n’est que maintenant qu’elle regarde autour d’elle, et qu’elle remarque qu’elle est toute seule dans un couloir de béton à moitié délabré. Elle époussette son costume en marmonnant :
«  Qu’est-ce qui se passe ici ? Où est-ce qu’ils sont tous passés ? »
Elle met les mains en porte-voix et crie :
«  Hé ! Vous êtes où les amis ? ! »
Bien entendu, la seule chose qu’elle entend est sa propre voix, qui s’atténue rapidement.
«  Qu’est-ce qui s’est passé ? se demande-t-elle en se grattant la tête avec l’index. Comment ça se fait que je sois pas avec les autres ? »
Elle finit par hausser les épaules et soupirer.
«  Pfff… J’y comprends rien. Mais bon, c’est pas en restant sur place que ça va aider. Autant aller voir si je peux les retrouver. »
Elle commence à marcher, mais s’arrête, se retourne, commence à marcher dans l’autre sens, s’arrête de nouveau et reporte la main à la tête.
«  Dans quel sens je vais aller moi ? Comment je peux savoir où ils sont tous ? Oh la la ! Je sais plus quoi faire moi ! C’est à Clémence qu’il faut laisser les trucs compliqués, pas à moi… Bon, tant pis, on y va au hasard. »
Cette fois, elle part résolument dans la direction en face d’elle. Enfin, résolument, c’est beaucoup dire, car elle s’arrête de nouveau après une dizaine de pas.
«  Et s’ils étaient dans l’autre sens ? se demande-t-elle. Ça serait vraiment bête de m’éloigner d’eux sans le savoir. Mais ils peuvent très bien être dans la bonne direction aussi, et si je vais dans l’autre sens, je m’éloignerai d’eux quand même. Qu’est-ce que je fais alors ? »
Plongée dans ses pensées, Green Bow ne remarque pas l’ombre qui la recouvre petit à petit. Elle lève subitement les yeux et sursaute en voyant Lotarh à quelques centimètres. Elle recule rapidement, mais Lotarh ne fait même pas signe de l’en empêcher.
«  Et alors ? ! fait-il d’un ton impatient. Qu’est-ce que tu attendais pour bouger ? ! J’avais préparé un superbe piège pour te voler ton énergie, mais au lieu de courir partout pour chercher tes amis et accessoirement tomber dans mon piège, tu restes là à faire les cents pas ! C’est pas agréable quand on sait le mal que je me suis donné ! »
Green Bow ne comprend pas vraiment de quoi Lotarh lui parle, mais elle se ressaisit et dit :
«  Bon, je sais pas trop de quoi tu parles, mais est-ce que tu croyais vraiment que j’allais courir partout sans me demander d’abord si j’allais dans la bonne direction ou non ? Je savais pas par où commencer !
— Pfff… Tellement frivole qu’elle est incapable de prendre une décision…
— Non mais… ! s’écrie Green Bow qui voit rouge. C’est pas une manière de parler à une fille !
— Quelle idiote ! Tu ne vaux pas la peine que je me décarcasse pour toi ! Je vais te prendre ton énergie vite fait bien fait et on n’en parlera plus !
— Ah ça, c’est ce qu’on va voir ! Barrière de Vent ! »
Le vent qu’elle crée lève toute la poussière répandue sur le sol de ce couloir. Cette poussière cache la vue de Green Bow et la fait tousser. Quand elle s’arrête, elle s’aperçoit avec horreur que Lotarh est juste devant elle. Avant d’avoir pu réagir, elle plonge son regard dans le Miroir de l’Ombre, qui absorbe son énergie sous la forme d’une fumée verte. Quand l’absorption est finie, Lotarh regarde le corps inanimé de Green Bow avec un air de mépris.
«  Quand je pense que c’est ça qui est censé protéger la race humaine de la puissante Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir… Quelle rigolade ! Allez, au suivant ! »
Et Lotarh disparaît, laissant une Green Bow bien mal en point.

Sur son écran, Niko voit le point vert s’éteindre.
«  Oh non ! Alex !
— Niko ! Est-ce que… ? ! peine à demander Aniva.
— Oui, comme pour Martin, son niveau énergétique est minimum. Deux de nos Combattants sont hors service, cela devient inquiétant. Et ce champ de forces qui ne veut pas céder…
— Combattants, je vous en prie ! Restez sur vos gardes, ne vous laissez pas avoir par les perfides tours de Lotarh ! »

Nous nous retrouvons de nouveau dans l’entrepôt désaffecté où, ignorant du sort de ses deux camarades, Yellow Bow se réveille lentement. Il regarde autour de lui d’un air distrait quand il écarquille les yeux.
«  Mais… où est-ce que je suis ? ! »
Il se relève précipitamment, puis se tourne de tous côtés et porte ses mains à la bouche en porte-voix :
«  Hé ! Où est-ce que vous êtes ? ! Clémence ! Où est-ce que vous êtes tous passés ? ! »
Ne recevant aucune réponse, il choisit une direction au hasard et court dans les couloirs de l’entrepôt en appelant ses amis.
«  Rain Bow ! Green Bow ! Où est-ce que vous êtes ? Red Bow ! Blue Bow ! Pourquoi je suis tout seul comme ça ? »
Il voit quelque chose en face de lui. Il accélère et son sourire s’agrandit au fur et à mesure qu’il se rapproche : les quatre Combattants de l’Arc-en-Ciel sont là, le regardant arriver. Mais Aurélien est si heureux de les avoir retrouvés qu’il ne remarque pas une chose : ce sont les visages fermés et durs de ses amis, au regard plein de mépris. Il finit par arriver à leur hauteur et s’arrête de courir en essayant de reprendre son souffle.
«  Ouf… Ouf… Les amis… je me suis… retrouvé tout seul… Je savais pas… ce qui se passait… Mais j’vous ai retrouvé... c’est le principal. »
Il se tait, remarquant le silence des autres. Il les regarde tous d’un air interrogateur, et remarque soudain l’expression de leur visage.
«  Qu’est-ce qui se passe les amis ? Il y a un problème ? Qu’est-ce qui s’est passé pendant que j’étais pas là ?
— ...bécile…
— Hein ? fait Yellow Bow en se tournant vers Blue Bow, de qui semble venir cette parole.
— Imbécile ! Tu es vraiment nul ! lâche cette dernière.
— Pourquoi tu me dis ça ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?
— Tout ce que tu fais, tu le fais mal ! s’écrie à son tour Red Bow.
— Tu es un vrai boulet dans notre équipe ! ajoute Green Bow.
— Mais… Qu’est-ce qui vous prend ? demande Aurélien à qui les larmes montent aux yeux.
— Ils ont raison ! lance Rain Bow d’un ton décapant. Tu n’as rien à faire avec nous ! Tu es incapable de te battre correctement ! Tu ne fais que suivre Blue Bow comme un petit chien ! C’est pathétique !
— Rain Bow… sanglote Yellow Bow. C’est pas vrai, vous me faites une mauvaise blague…
— Non, nous avons simplement décidé que nous travaillerons mieux sans toi ! conclut Red Bow. À partir de maintenant, considère-toi comme exclu des Combattants de l’Arc-en-Ciel !
— Allez, venez ! On n’a pas de temps à perdre avec lui ! » dit Blue Bow aux autres Combattants.
Yellow Bow tombe à genoux par terre, et regarde impuissant les autres Combattants se détourner de lui et partir. Ils disparaissent rapidement dans la pénombre de l’entrepôt. Le dernier regard que lui a lancé Blue Bow était si froid qu’il s’est effondré en larmes.
«  Me laissez pas… tout seul… articule-t-il entre deux sanglots. Sans vous je suis rien… Me laissez pas tomber… Faites pas comme mes parents… »
De la pénombre où ont disparu les Combattants, une silhouette apparaît et s’approche lentement, tandis que Yellow Bow pleure toutes les larmes de son corps. Cette silhouette, on le voit au fur et à mesure qu’il s’approche, c’est bien entendu Lotarh, dont le sourire exprime une joie non dissimulée.
«  Pauvre Yellow Bow. Tes soi-disant amis t’ont abandonné. À quoi bon continuer cette vie, si personne ne fait attention à toi… ? »
Aurélien lève la tête vers Lotarh. Il est incapable de dire quoi que ce soit.
«  Je vois ta peine, continue Lotarh, je vois ta solitude. Je vais adoucir tes souffrances. Regarde-toi simplement dans ce miroir, vois la seule personne qui s’est jamais intéressé à toi : toi-même. Échappe donc à cette solitude qui te pèse. »
Complètement désespéré, Yellow Bow obéit à Lotarh et plonge son regard dans le Miroir de l’Ombre, qui absorbe son énergie sous la forme d’une fumée jaune. Il s’effondre aux pieds de Lotarh dont le sourire se mue en ricanement, puis en rire diabolique.
«  Ha ha ha ha ha ha ha ha ha ha ! Pauvre Yellow Bow au cœur si transparent ! Tu accordes tellement d’attention à ce que les gens pensent de toi que ton esprit est un livre ouvert pour qui a un peu de psychologie ! Il était facile de trouver le défaut de ton esprit enfantin, tu es tombé à pieds joints dans le piège de mon illusion ! Ha ha ha ha ha ha ha ha ha ! »
Et nous laissons Lotarh rire à sa victoire par un fondu en noir.

Nous repassons par le Q.G., où le cœur de Niko fait un bond quand il voit le point clignotant jaune disparaître de son écran.
«  Aurélien ! Oh non ! Il a eu Aurélien ! »
Cette fois-ci, ce sont des larmes qui coulent sur les joues d’Aniva. Elle secoue la tête, comme pour nier ce qu’elle voit se passer, et son visage prend une autre expression. Elle a maintenant un air décidé. Elle commence à se tourner quand un cri de Niko l’arrête dans son mouvement.
«  Ça y est ! J’ai trouvé un défaut dans le champs de forces de Lotarh. En recalibrant les capteurs pour une nouvelle modulation des ondes, je devrais pouvoir traverser cette barrière ! Dans quelques minutes, on pourra voir ce qui se passe là-bas comme si on y était, et peut-être que je pourrai faire fonctionner le transposeur.
— Alors fais vite ! dit Aniva. Ils ont besoin de notre aide, de toute urgence ! »

«  Où est-ce que je suis ? se demande Rain Bow. Qu’est-ce que j’fais là ? »
Angel vient de se réveiller. Il fait sombre. Les murs sont en béton sale, et fissurés de partout. Des blocs de béton jonchent le sol, comme si ce bâtiment venait de subir un tremblement de terre. Angel se fraie un chemin parmi les débris, essayant de voir quelque chose. Mais il fait trop sombre, et il n’y a pas de fenêtres. Il se souvient subitement du message de Lotarh, de la transposition, et se rend compte que quelque chose a dû arriver pour qu’il se retrouve seul.
«  Y’a quelqu’un ? ! Les amis, vous êtes là ? ! »
Seul l’écho lui répond. Rain Bow sent une sorte d’angoisse l’envahir. Cette situation lui rappelle quelque chose, mais c’est trop imprécis pour qu’il sache quoi. Il commence à marcher un peu plus vite. Il ne sait pas où il va, mais il sent qu’il y a quelque chose là-bas. Il sent aussi qu’il ne devrait pas y aller, son angoisse ne fait qu’augmenter, mais il ne peut s’empêcher d’avancer. Soudain, il sent son pied toucher quelque chose de liquide. Il marche dans une flaque d’eau. D’eau ? Le liquide paraît bien sombre. C’est alors que son cauchemar récurrent lui revient en mémoire.
«  Qu’est-ce qui se passe ? C’est pas vrai ? » murmure-t-il, comme s’il avait peur des mots qu’il prononce.
Angel se baisse et touche la flaque du bout des doigts. Il les rapproche de son visage. Cette couleur, cette odeur… C’est du sang ! Il se met à courir dans cette mare, cette mare de sang qui s’étend dans tout le bâtiment, cette mare de sang identique à celle de son rêve. Et il ne veut pas continuer, car il sait ce qu’il va voir. Mais il ne peut s’empêcher de courir, jusqu’à ce qu’un unique rayon de lumière lui dévoile un spectacle qui le glace d’horreur, un spectacle qu’il s’attendait à voir mais auquel il n’ose pas croire.
«  Non… non… c’est pas possible… »
Devant lui sont étendus les corps sans vie des Combattants de l’Arc-en-Ciel, baignant dans cette mare de sang, cette mare de cauchemar, cette mare dont ils sont l’origine ! Étendus sur le dos, chacun a un gros trou dans le ventre. Ils ont tous les yeux ouverts mais vitreux, et le visage immobilisé sur une expression de frayeur.
«  Ma… Martin ! s’écrie Angel qui ne peut s’empêcher de répéter son propre cauchemar. Alex ! Clémence ! Aurélien ! C’est pas possible ? ! C’est pas vrai ? ! C’est encore un cauchemar ! »
Malheureusement, il ne se réveille pas. Il reste devant les corps sans vie de ses amis, tombe à genoux dans la mare de sang, les larmes coulant sur les joues.
«  C’est ma faute… sanglote-t-il. Je l’avais déjà rêvé... J’aurais pas dû les entraîner dans cette histoire… Ils sont morts à cause de moi… »
On entend des pas dans la mare de sang. Bientôt, Lotarh arrive devant Rain Bow.
«  Oui, Rain Bow, c’est bien ça, dit ce dernier. C’est toi le coupable, c’est toi le responsable. Tu n’as fait que leur causer des problèmes, et maintenant tu as causé leur mort. Crois-tu encore avoir le droit de vivre après une telle faute ? »
Rain Bow relève la tête vers Lotarh.
«  T’as gagné, Lotarh… Tue-moi maintenant, laisse-moi au moins les rejoindre… De toute façon, je suis impuissant sans eux…
— Tu vas mourir, ne t’inquiète pas, acquiesce Lotarh. Mais avant, tu vas me donner ton énergie.
— Tout ce que tu voudras, dit Angel entre deux sanglots. Mais fais vite, s’il te plaît.
— Ce sera très rapide, je te l’assure, dit Lotarh en sortant son Miroir de l’Ombre.
— Ruisseau Scintillant ! »
Un puissant jet d’eau frappe la main de Lotarh qui lâche le Miroir de l’Ombre.
«  Quoi ? ! Qui a fait ça ? ! »
Au fond du couloir apparaît une silhouette féminine, une silhouette à la chevelure courte et bleue.
«  Tu as multiplié les actes répréhensibles : enlèvements, torture psychologique, torture physique. Ta monstruosité mérite une punition exemplaire. Je suis Blue Bow, l’arbitre de l’espoir, alors prépare-toi à subir ton châtiment !
— Blue Bow… murmure Rain Bow sans comprendre. Blue Bow ? ! »
Il voit le corps sans vie de Blue Bow, mais aussi sa version debout, bien vivante et en colère.
«  Blue Bow ? ! répète-t-il. Mais… Tu es vivante ? ! Mais alors… »
Ceci rompt le charme : l’illusion de Lotarh disparaît. Les corps sans vie, la mare de sang, tout s’évanouit. Il ne reste plus que le sol normal et couvert de poussière de l’entrepôt.
«  Blue Bow, petite peste ! s’écrie Lotarh. Comment as-tu fait pour arriver jusqu’ici ? ! Je m’étais pourtant assuré que tu ne pourrais pas rejoindre les autres Combattants !
— Tu as compté sans l’intelligence humaine, aidée de petits gadgets technologiques, réplique Blue Bow en souriant et en montrant son petit ordinateur. Grâce à ça, j’ai pu te suivre à la trace et éviter que tu accomplisses ton plan. Car ton plan était bien de nous séparer, pour nous attaquer l’un après l’autre et nous voler notre énergie, c’est bien ça ?
— Tu es futée, concède Lotarh. Mais pas très efficace : j’ai déjà pris l’énergie de trois Combattants. Regarde ! »
Les yeux de Lotarh brillent un court instant, et Red Bow, Green Bow et Yellow Bow apparaissent dans le couloir, inconscients, ficelés par des cordes noires par lesquelles ils pendent au plafond.
«  Les amis ! » crie Rain Bow.
Il tente de se relever pour courir vers eux, mais il est frappé par Lotarh et retombe par terre.
«  Aïe ! fait-il en tombant. Lotarh, est-ce qu’ils sont vivants au moins ?
— Vivants ? Bien sûr, répond ce dernier. Enfin, pour l’instant… »
Les larmes remontent aux yeux de Rain Bow.
«  Tu leur as volé leur énergie ! crie Blue Bow.
— En effet, c’était le but de ce piège après tout. Et il me reste encore un Combattant à dépouiller, ce que je compte faire tout de suite. »
Il se baisse pour ramasser son Miroir de l’Ombre, mais Blue Bow est plus rapide : elle court se placer entre Rain Bow et Lotarh, et le repousse pour l’empêcher d’accéder au Miroir. La résistance de Blue Bow met Lotarh en colère. Ses yeux brillent, et une vague d’énergie noire frappe Blue Bow qui tombe par terre, juste devant Rain Bow accroupi. Elle est durement touchée et ne peut se relever. Elle a tout juste la force de lever la tête vers Angel.
«  Rain… Bow… fait-elle avec effort. Rain Bow… il faut… te battre. Tu dois… retrouver… l’espoir… : ce n’est qu’avec… lui que tu… vaincras… Lotarh.
— Quelle stupidité ! s’écrie Lotarh qui a ramassé le Miroir. Rien ne peut me vaincre ! Et surtout pas votre minable espoir ! »
Lotarh rit comme un dément, tandis que Rain Bow regarde Blue Bow avec les larmes dans les yeux. Il secoue la tête.
«  Il a raison, dit Angel. Je peux rien faire contre lui. Sans vous, j’ai aucun pouvoir, je suis impuissant. Je suis rien sans les Combattants de l’Arc-en-Ciel.
— Alors tu vas les rejoindre, assène Lotarh en s’approchant lentement.
— Pas tant que je serai vivante ! » dit Blue Bow.
Devant un Rain Bow effaré et un Lotarh surpris, Clémence se relève lentement. Elle tremble et tient à peine sur ses jambes, mais elle finit par faire face à Lotarh.
«  C’est impossible ! Tu ne devrais pas pouvoir tenir debout !
— Tant qu’il me restera un souffle de vie, je protégerai Rain Bow contre tout danger. J’en ai fait la promesse et je compte bien la tenir !
— Arrête Blue Bow ! crie Rain Bow. Je veux pas qu’il t’arrive malheur !
— C’est à toi qu’il ne doit pas arriver malheur, dit Blue Bow en se tournant vers Angel. Tu es le seul capable de nous redonner notre énergie, et tu es notre chef. C’est normal qu’on te protège.
— Vous avez dépassé les limites de ma patience ! s’écrie Lotarh. Cette fois c’en est trop ! »
Ses yeux brillent à nouveau, et une vague d’énergie encore plus puissante balaie Blue Bow. Elle fait un vole plané et retombe lourdement derrière Rain Bow.
«  Blue Bow ! »
Elle est encore consciente, mais ne peut plus se relever. Elle n’a même plus la force de parler. Rain Bow se retourne vers Lotarh, les yeux pleins de larmes.
«  Arrête Lotarh ! T’as gagné. Prends mon énergie, mais laisse mes amis saufs. Je t’en supplie, arrête de les faire souffrir.
— Tu veux échanger ta vie contre celle de tes amis ?
— Oui, sans hésitation. »
Lotarh paraît étudier cette proposition.
«  ... C’est stupide, mais j’accepte. Je n’achèverai pas les Combattants de l’Arc-en-Ciel. Quand j’en aurai fini avec toi, je les libérerai.
— Merci… dit Angel.
— Tu remercies ton pire ennemi… Tu es encore plus stupide que je ne pensais. Ton énergie sera plus utile au maître Esmeros ! »
Et devant une Blue Bow impuissante, Lotarh commence à lever le Miroir de l’Ombre vers Rain Bow.

Dans le Q.G., Niko saute de joie.
«  Ça y est ! Ça y est ! J’ai percé le champ de forces de Lotarh ! Nous devrions avoir une image des lieux dans quelques secondes.
— Vite, le presse Aniva, j’ai un mauvais pressentiment. »
Quelques secondes s’écoulent, et une image apparaît enfin sur un grand écran. Aniva et Niko écarquillent les yeux en voyant la scène : Martin, Alex et Aurélien ficelés et pendus comme des saucissons, Clémence allongée par terre et bien mal en point, et Rain Bow à genou et en pleurs, en face de Lotarh qui lève lentement son Miroir vers lui. Niko est pétrifié devant cette scène, et ne remarque pas que l’image d’Aniva disparaît derrière lui. On entend alors comme un grondement lointain. Niko le remarque et lève la tête. Le grondement gagne en force, et Niko sent soudain le sol trembler sous ses pattes. Il se retourne vers la table centrale.
«  Aniva ? Aniva ? ! Prêtresse ? ! » s’écrie-t-il en voyant qu’elle a disparu.

Friday, 8 July 2011

Kibou Niji Rengou Rainbow Fighters. Épisode 20 : un combat de titans s’annonce

« Où est-ce que j’suis ? se demande Angel. Qu’est-ce que j’fais là ? »
Angel est dans un endroit qu’il ne connaît pas. Il fait sombre. Les murs sont en béton sale, et fissurés de partout. Des blocs de béton jonchent le sol, comme si ce bâtiment venait de subir un tremblement de terre. Angel se fraie un chemin parmi les débris, essayant de voir quelque chose. Mais il fait trop sombre, et il n’y a pas de fenêtres.
« Y’a quelqu’un ? ! »
Seul l’écho lui répond. Angel sent une sorte d’angoisse l’envahir. Il commence à marcher un peu plus vite. Il ne sait pas où il va, mais il sent qu’il y a quelque chose là-bas. Il sent aussi qu’il ne devrait pas y aller, son angoisse ne fait qu’augmenter, mais il ne peut s’empêcher d’avancer. Soudain, il sent son pied toucher quelque chose de liquide. Il marche dans une flaque d’eau. D’eau ? Le liquide paraît bien sombre. Angel se baisse et touche la flaque du bout des doigts. Il les rapproche de son visage. Cette couleur, cette odeur… C’est du sang ! Angel se met à courir dans cette mare, cette mare de sang qui s’étend dans tout le bâtiment, jusqu’à ce qu’un unique rayon de lumière lui dévoile un spectacle qui le glace d’horreur.
« Non… Non… C’est pas possible… »
Devant lui sont étendus les corps sans vie des Combattants de l’Arc-en-Ciel, baignant dans cette mare de sang, cette mare dont ils sont l’origine ! Étendus sur le dos, chacun a un gros trou dans le ventre. Ils ont tous les yeux ouverts mais vitreux, et le visage immobilisé sur une expression de frayeur.
« Ma… Martin ! s’écrie Angel qui s’élance vers ses amis. Alex ! Clémence ! Aurélien ! C’est pas possible ? ! C’est pas vrai ? ! Aaaaaaaaaah ! »
Angel se redresse sur son lit, complètement en sueur et essoufflé. Il met quelques secondes à réaliser où il est. Son lit ? Sa chambre ? Un cauchemar !
« Ouf… soupire-t-il en se passant la main dans les cheveux.
— Ça va Angel ? demande Niko qui vient de se réveiller. Tu as crié dans ton sommeil.
— Ça va Niko, c’était qu’un cauchemar, rien de grave.
— Tu es sûr ? demande l’oiseau, vaguement inquiet.
— Oui, dit Angel en souriant, j’suis sûr… »
Il regarde son réveille-matin.
« Six heures. Oh non ! Il est trop tard pour me rendormir, surtout que je vais être obligé de prendre une douche et de changer les draps, ils sont trempés de sueur. Bon, bah tant pis, debout ! »
Il se lève, fait un tour aux toilettes, puis se rend vers la salle de bains. Au moment où il veut y entrer, sa tante en sort, habillée en robe de chambre, et manque de tomber à la renverse en le voyant.
« Angel ? ! Qu’est-ce que tu fais debout à cette heure ? Tu es tombé du lit ?
— Euh… C’est à peu près ça tata, j’ai eu un cauchemar et ça m’a réveillé.
— Ah, et ça va ?
— Oui tata, t’inquiète pas, dit Angel en souriant. Je vais juste prendre une douche et me préparer.
— Dans ce cas, je te fais ton petit-déjeuner en avance.
— Merci tata. »
Il entre dans la salle de bains, et aussitôt son sourire disparaît. Il repense à ce cauchemar horrible, et il sent une angoisse diffuse l’envahir.

Dans ce lieu sombre peuplé d’ombres de plus en plus présentes, les douze Sages Noirs sont les seules sources de lumière. Mais c’est une lumière froide et inquiétante, qui glace le cœur plutôt que le réchauffer. Au milieu de ce cercle, deux petits yeux rouges brillent, et un corps apparaît. Lotarh salue les Sages Noirs.
« Alors, qu’as-tu à apporter ? » demande un Sage Noir à sa gauche.
Lotarh se tourne vers lui (NdlA : vous connaissez le manège, non ?) et répond :
« J’ai été repoussé par les Combattants, mais j’ai réussi à prendre l’énergie de Blue Bow, ainsi qu’une énergie humaine.
— Donne-les au maître ! s’exclame un autre Sage Noir.
— J’entends et j’obéis », dit Lotarh après s’être tourné vers ce dernier.
Il sort son Miroir de l’Ombre et le met à l’horizontale. Une étoile filante d’énergie blanche s’envole et se perd dans les ténèbres. Puis du miroir sort une boule de lumière bleue d’un éclat incomparable. Elle lévite de plus en plus haut, très lentement, et devient une étoile filante bleue qui fonce dans les ténèbres. Une fois qu’elles ont absorbé cette énergie, les ténèbres se modifient comme elles ne l’avaient jamais fait ! Elles prennent une consistance presque solide, faisant un bruit à faire dresser les cheveux sur la tête d’un chauve (NdlA : et croyez-moi, il faut vraiment le faire !). Leur forme humanoïde se précise. Mais cette forme paraît étrange, presque distordue, d’une façon que Lotarh n’arrive pas à comprendre. Finalement, à l’endroit qui ressemble à une tête, loin au-dessus du cercle des Sages Noirs, deux yeux rouges gigantesques apparaissent, flamboyants. Ensuite, la voix tonne, comme un millier d’éclairs frappant au même instant. Cette voix est tellement chargée de haine qu’elle inspire la terreur immédiate. Même Lotarh, spécialiste de la Haine, est désemparé face à cette puissance.
« Quelle pouvoir ! Quelle énergie ! Est-ce donc là la puissance des Combattants de l’Arc-en-Ciel ? Les énergies humaines sont ridicules en contrepartie. Lotarh ! Je veux plus de puissance, il me faut les énergies des autres Combattants ! Non ! Je veux la puissance du plus fort d’entre eux, je veux le pouvoir de l’Arc-en-Ciel ! Apporte-moi la puissance de Rain Bow lui-même ! C’est un ordre !
— Bien maî... maître », balbutie Lotarh qui essaie de ne pas trop claquer des dents.
Il s’incline, en proie à une terreur sans nom, et disparaît rapidement. Il réapparaît en sueur, dans son antre de pierre, et s’assied rapidement sur son trône, comme s’il n’arrivait plus à se soutenir. Il se prend la tête entre les mains et souffle bruyamment.
« Le processus est lancé, rien ne peut plus l’arrêter. Maître Esmeros va ressusciter, quoi qu’il arrive. Je ne sais pas vraiment si c’est bien pour moi, mais je n’ai pas le choix. M’opposer à lui, ce serait signer mon arrêt de mort. Même les Combattants de l’Arc-en-Ciel ne pourront rien contre lui, quand il reviendra à la vie pour de bon. »
Il se redresse sur son trône et réfléchit à voix haute :
« Est-ce vraiment mon destin de réveiller une telle puissance ? »
Il se met à rire.
« Quel idiot je suis ! Depuis mon retour à la vie, mon destin était tracé. La Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir n’est qu’une bande de pantins manipulés par cette entité, moi y compris. Et je n’ai pas d’autre choix possible, je me dois d’obéir. »
Il se relève et se dirige vers le Miroir de la Haine.
« Obéir, d’accord. Mais comment vais-je bien pouvoir attirer les Combattants de l’Arc-en-Ciel dans un piège ? J’en ai assez de ce train-train. Je voudrais trouver quelque chose de plus original. »
Le Miroir s’embrume, mais l’angle de vue change pour montrer seulement la réaction de Lotarh.
« Mais oui, fait-il avec un sourire. Excellente idée… »

« Aaaaaaaaaaah ! »
Patricia entre en vitesse dans la chambre d’Angel.
« Angel ! Qu’est-ce qu’il y a ? ! »
Angel est assis sur son lit, en sueur et essoufflé. Niko s’est aussi réveillé et s’est redressé sur son perchoir.
« Angel ! Ça va ? demande sa tante.
— Oui tata, ça va aller. C’est rien, répond Angel avec un sourire.
— Je t’ai entendu crier, qu’est-ce que c’était ?
— ... J’sais pas trop, un cauchemar je crois, j’me souviens plus très bien… Il est quelle heure ?
— L’heure de te lever pour aller à l’école, répond-elle. J’allais justement te réveiller quand je t’ai entendu hurler. Tu es sûr que ça va ?
— Sûr tata ! dit-il en se levant. Je vais prendre une douche ! »
Il sort pour se rendre dans la salle de bains, laissant sa tante dans sa chambre, avec ses doutes et ses inquiétudes.
« Angel, qu’est-ce qui se passe ? dit-elle toute seule. Tu as changé, et je ne sais ni comment ni pourquoi… J’espère que tu ne risques rien. »
Niko qui a tout entendu se pose les mêmes questions.

Angel arrive devant la porte de son lycée. Il pensait y retrouver Lydia, mais il ne la voit pas. Par contre, il croise Martin sur le chemin.
« Tiens, salut Martin, dit-il. Ça va ?
— Ça pourrait aller mieux, répond ce dernier en grognant. J’ai trois heures de maths ce matin. Y’a rien de pire pour gâcher une journée. Enfin… Et toi ça va ?
— Très bien, réplique Angel qui essaie de sourire le plus naturellement possible, malgré les images de son cauchemar qui lui reviennent à l’esprit. T’as vu Lydia ?
— Non, pourquoi ?
— Pour rien. Elle devrait pas tarder à arriver. On mange ensemble ce midi ?
— Non, je dois partir tôt pour mon entraînement, je mangerai là-bas. Tu mangeras avec Clémence et Lydia.
— OK. Bon, il est l’heure, je vais en classe. Salut !
— Salut Angel », dit Martin.
Ils partent chacun de leur côté. Angel arrive dans la salle de classe et s’installe, attendant Lydia. Cependant, quand le prof arrive, Lydia n’est toujours pas arrivé. Et une fois l’appel effectué, elle est notée absente. Angel s’interroge. Ça ne lui ressemble pas, elle n’a quasiment jamais raté un cours depuis qu’il la connaît. Et hier elle paraissait en pleine forme. Angel ne comprend pas pourquoi mais une sorte de trouble sourd l’envahit. Non, c’est simplement son cauchemar qui lui fait ça. Ça fait déjà deux fois qu’il fait le même cauchemar, et ça le travaille un peu. Il n’y a rien. Il l’appellera ce soir et elle lui confirmera qu’elle a juste attrapé un mauvais microbe. Il décide de ne plus y penser et se concentre sur le cours de français.

Le soir venu, Angel est rentré chez lui. Avant de passer au dîner, il décide d’appeler Lydia pour prendre de ses nouvelles.
« Allô ? dit la voix de la mère de Lydia.
— Allô madame ? C’est Angel à l’appareil. Je voulais des nouvelles de Lydia. Elle va bien ? Elle est pas venue à l’école aujourd’hui.
— Quoi ? ! Elle… Elle n’est pas ici ! Elle est partie au lycée ce matin comme tous les jours, mais elle n’est pas revenue ! On pensait qu’elle était chez toi ! On allait t’appeler justement ! »
Angel sent une boule se former dans sa gorge.
« Non, je l’ai pas vue de la journée, dit-il.
— Mon dieu ! Il est arrivé quelque chose ! » s’exclame la mère qui semble paniquer.
On entend quelques bruits au bout du fil, et après quelques secondes c’est le père de Lydia qui parle à Angel.
« Angel, tu es sûr de ce que tu dis ? Elle n’est pas venue à l’école ?
— Non… répond ce dernier difficilement. Je pensais qu’elle était malade et qu’elle était restée à la maison.
— Ma petite fille ! entend-on au loin par le téléphone.
— Calme-toi ! s’écrie le père. Bon, Angel, reste calme, je vais raccrocher, il faut que j’appelle la police. Au revoir. »
Et il raccroche avant qu’Angel ait pu répondre.
« Qu’est-ce qui se passe ? demande Patricia en voyant le visage décomposé d’Angel.
— Ly… Lydia a disparu, balbutie-t-il. Elle est pas chez elle non plus.
— Oh mon Dieu ! fait sa tante. Ses parents ont appelé la police au moins ?
— Ils sont en train de le faire.
— Oh mon Dieu, répète Patricia. J’espère que ce n’est rien de grave.
— Moi aussi », dit doucement Angel qui sent son angoisse revenir au galop.

« Nooooooooon ! Aaaaaaaaaaah !
— Angel ! » s’exclame Niko.
Angel est assis sur son lit, en nage une fois de plus. Le même cauchemar, trois fois de suite.
« Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? se demande Angel. Non, pas ça, je peux pas le croire…
— Angel, tu as encore fait un cauchemar ? demande Niko.
— ... Je crois que oui, finit-il par répondre en esquissant un sourire. Ça doit être la disparition de Lydia qui me tracasse. J’espère qu’elle va bien.
— Angel, on va au Q.G. cet après-midi, OK ?
— Pourquoi ? Tu crois que ça aurait un rapport avec la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir ?
— Je ne sais pas. Peut-être, peut-être pas. En tout cas, je vais appeler les autres Combattants. Et toi, rendors-toi, il n’est qu’une heure du matin.
— Une heure ? OK, j’vais essayer, mais d’abord, une bonne douche ! »
Il saute du lit, laissant Niko qui secoue la tête de dépit. Après une bonne douche, et après avoir (encore !) changé les draps, Angel se recouche, pensant qu’il est trop réveillé pour pouvoir dormir à nouveau. Mais il se rendort presque immédiatement, d’un sommeil heureusement sans rêve.

Angel arrive au lycée. Il trouve Martin et Clémence en grande conversation. Leur visage inquiet le surprend.
« Salut ! dit-il en souriant. Qu’est-ce qui se passe ?
— On a un gros problème, dit Clémence. Mes collègues du tribunal ont disparu.
— Et Mlle Galian aussi, son collègue est venu me voir pour me demander si j’avais pas des nouvelles d’elle, continue Martin.
— Quoi ? ! Lydia a aussi disparu ! »
Les visages de Martin et Clémence s’assombrissent encore.
« Ça se confirme, dit la jeune fille.
— Quoi ? À quoi vous pensez ? demande Angel qui ne comprend pas bien.
— Voyons Angel, fais le rapprochement ! reproche Martin. Ils ont tous été victimes du Miroir de l’Ombre.
— Vous croyez que… c’est Lotarh qui a fait le coup ? C’est donc ça que Niko soupçonnait…
— Comment ça ? demande Clémence.
— Niko veut qu’on fasse une réunion cet après-midi, après les cours. Il semblait vraiment inquiet quand je lui ai dit que Lydia avait disparu. Il va appeler Alex et Aurélien aujourd’hui… J’ai peur.
— T’inquiète pas, dit Martin, si Lotarh leur voulait vraiment du mal, il se serait pas donné la peine de les enlever.
— T’es sûr ? demande Angel d’une voix d’enfant effrayé.
— Certain. Il doit avoir quelque chose d’autre en tête.
— Oui, je pense à un appât, ou une rançon », dit Clémence.
Les Combattants restent silencieux un instant, mais leurs visages en disent long sur leurs sombres pensées.
« Allez, haut les cœurs, dit Martin en essayant de sourire. On va les retrouver, j’en suis sûr. En attendant, il faut aller en classe et essayer de rien laisser paraître.
— Bien, dit Clémence qui reprend une expression impénétrable.
— Si vous croyez que c’est facile », soupire Angel.
Ils se séparent, et Angel se dit que ça va être une dure journée aujourd’hui.

Après quelques heures qui lui ont semblé des jours, Angel arrive enfin dans le Q.G. en compagnie de Clémence. Là, Martin et Niko sont déjà en train de discuter.
« Comment ça va ? demande Angel.
— Mal, dit Niko. En prévenant Alexandra, j’ai appris que la petite amie de son père avait aussi disparu.
— Oh non ! » s’écrie Clémence.
Aurélien arrive soudain, essoufflé.
« Vous êtes… déjà là... fait-il entre deux respirations bruyantes.
— Calme-toi et dis-nous ce qui se passe, lui dit Clémence.
— Clémence, les amis… C’est horrible, Alphonse a disparu !
— Plus de doutes possibles, dit Niko, c’est bien Lotarh qui est responsable de ces disparitions.
— Mais comment ? Et pourquoi ? ! » s’exclame Angel au bord des larmes.
Alexandra arrive à ce moment-là. Elle a les larmes aux yeux.
« Qu’est-ce qui se passe ? demande Martin.
— ... Grand-père… Il a disparu lui aussi ! » répond-elle en fondant en larmes dans les bras de Martin, qui devient rouge comme une pivoine.
Angel tombe sur une chaise, atterré. Pourquoi faire ça ? Quel est l’intérêt ?
« Combattants ! Reprenez-vous ! » crie la voix d’Aniva, dont l’image apparaît au-dessus de la table centrale.
Les Combattants se relèvent et la regardent.
« Il est évident que Lotarh utilise ses armes habituelles : la haine et le chantage. Il va utiliser ces personnes comme appâts. Il doit se douter que ces personnes-là sont particulièrement importantes pour vous. S’il avait su votre identité, il se serait certainement attaqué à vos familles. Ne tombez pas dans son piège, et gardez votre sang-froid. C’est ainsi que vous vaincrez ses manœuvres. »
Brusquement, l’image d’Aniva se distord, comme si des parasites l’envahissait. Niko saute sur une console près de lui et tente d’améliorer l’image.
« Je perds le contact, dit-il en s’affairant sur le clavier. Qu’est-ce qui se passe ? »
L’image d’Aniva disparaît complètement, et à la place apparaît l’image d’un visage que les Combattants ne connaissent que trop bien.
« Lotarh ! s’écrie Martin.
— Combattants de l’Arc-en-Ciel. Je sais que ce message vous atteindra d’une manière ou d’une autre. L’Internet peut faire des choses que ces misérables humains ne soupçonnent même pas ! Vous devez certainement déjà le savoir, mais si ce n’est pas le cas, sachez que j’ai enlevé toutes les victimes de Nitarh et de moi-même. Ne vous inquiétez pas, mon but n’est pas de les tuer, du moins pas pour le moment. Quant au Miroir de l’Ombre, il ne peut agir qu’une fois sur la même personne. Mais s’ils sont encore en bonne santé, cela risque de ne pas durer ! Je vous attend ici avant vingt heures ce soir, ou ils disparaîtront tous. Et cette fois, ce sera pour toujours.
— Monstre ! s’écrie Alex tandis que l’image disparaît et que celle d’Aniva revient.
— J’ai ses coordonnées, dit Niko en regardant l’écran devant son clavier.
— Il faut y aller ! s’exclame Angel. Il y a pas de temps à perdre !
— Attends Angel ! C’est sûrement un piège !
— Je sais bien, réplique-t-il avec les larmes aux yeux, mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse d’autre ?
— Pour une fois je suis d’accord avec Angel, dit Martin. On n’a pas le choix.
— Je suis d’accord, ajoute Clémence. On n’a pas assez d’infos pour faire un plan de toute façon. Allons-y et on avisera sur place. »
Aurélien et Alexandra acquiescent.
« Allez-y, concède la prêtresse Aniva. Mais faites attention à vous. Restez groupés.
— Alors on y va ! dit Angel. D’accord ? »
Tous acquiescent. Ils lèvent ensemble leurs amulettes et crient :
« Amulette Rouge…
— Amulette Verte…
— Amulette Bleue…
— Amulette Jaune…
— Amulette Arc-en-Ciel…
— … métamorphose ! »
Ils se transforment, et Niko leur dit :
« Vous êtes prêts ? Alors je vous transpose. »
Il appuie sur une touche, et ils disparaissent dans une bulle de lumière.
« Bonne chance, leur dit Aniva.
— Oh non !
— Qu’est-ce qui se passe Niko ?
— Quelque chose a pris le contrôle du faisceau pendant leur transposition, ils vont réapparaître séparés les uns des autres ! »

Friday, 1 July 2011

Kibou Niji Rengou Rainbow Fighters. Épisode 19 : l’amitié est puissante aussi

(NdlA : alors, comment avez-vous trouvé l’épisode précédent ? Hé, Vulcain ! Est-ce que tu es parvenu à retrouver ton influence dans ce truc ? C’est vrai que j’ai beaucoup modifié ton idée de départ, mais bon… Bon, c’est la dernière fois que j’interviens en début d’épisode. Allez, je vous laisse lire)

« Merci de m’avoir ramené ! dit Aurélien en saluant les occupants de la voiture dont il vient de descendre.
— Pas de quoi Roméo, dit le conducteur avec un sourire moqueur.
— Arrêtez de m’appeler comme ça, s’il vous plaît… se plaint l’intéressé.
— À lundi Aurélien. Apprends bien ton texte pour la prochaine répète.
— À lundi Anne. T’inquiète pas, je l’connais déjà par cœur. »
Aurélien salue encore, et la voiture qui l’a amené devant l’hôtel particulier de ses parents repart. Aurélien s’apprête à rentrer chez lui quand il voit une silhouette familière de l’autre côté de la route.
« Ohé ! Clémence ! Ohé ! » appelle-t-il en faisant de grands mouvements de bras.
La suscitée s’arrête de marcher et tourne pour voir qui l’appelle. Dès qu’elle voit Aurélien, son visage prend l’expression de quelqu’un qui se dit qu’elle aurait mieux fait de ne pas se retourner. Mais il traverse la route et vient à sa rencontre.
« Salut Clémence ! C’est marrant qu’on se rencontre comme ça par hasard.
— Quel hasard ? fait Clémence en haussant les épaules. On est presque voisins.
— C’est vrai ça. Tiens, tu veux passer chez moi un moment ?
— Désolée, répond-elle sèchement, mais j’ai travaillé au tribunal aujourd’hui. Je voudrais juste rentrer, me reposer et faire mes devoirs.
— Ah bon ? OK… Dans ce cas, je t’inviterai chez moi un autre jour, d’accord ?
— Oui, c’est ça, soupire Clémence.
— Super ! Allez, bon week-end Clémence ! »
Il retraverse la route sans faire attention au trafic (heureusement qu’il n’y avait pas beaucoup de voitures à ce moment-là) tandis que Clémence le regarde s’en aller en pensant : « Qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour mériter ça ? » Elle se retourne et reprend sa route.

Dans ce lieu d’ombres et de noirceur où se tiennent les Sages Noirs, Lotarh est en train de se faire engueuler (non, pas « disputer », vraiment « engueuler »!) :
« Il est inadmissible que tu te sois encore fait battre par ces misérables petits Combattants de rien du tout ! » s’écrie un Sage Noir au dos de Lotarh, obligeant se dernier à faire une pirouette sur lui-même.
« Il vaut mieux que je ne leur parle pas de la réaction de mon Soldat de la Haine », pense Lotarh. Aussi il dit :
« Veuillez m’excuser, ils m’ont pris par surprise. Mais j’ai tout de même apporté une grande quantité d’énergie humaine. »
Il tend son Miroir de l’Ombre à l’horizontale, et une étoile filante d’énergie en sort et se perd dans les ténèbres environnantes. Ces ténèbres bougent un peu et s’épaississent, en émettant un bruit de bois qui travaille à faire froid dans le dos d’Hannibal Lecter (NdlA : le psychiatre cannibale du Silence des agneaux, pour les ceuses qui connaissent pas). Bien au-dessus du cercle des douze Sages Noirs, deux yeux rouges gigantesques apparaissent, et une voix profonde, grondante comme un tremblement de terre, terrifiante comme la mort, se fait entendre. Même Lotarh est pétrifié par cette voix faite de Haine absolue.
« Lotarh… Je perds patience. Tu m’avais promis une armée pour mon retour, mais rien n’apparaît !
— Je… Je peux… bégaie Lotarh.
— Cela suffit ! »
Ce cri paralyse Lotarh dont le visage se tend de douleur.
« Ces énergies humaines ne me nourrissent pas assez, continue le maître Esmeros. Ma faim ne peut s’apaiser ainsi. Il est temps de changer de tactique. Je veux que tu m’apportes l’énergie des Combattants de l’Arc-en-Ciel ! Ainsi que leurs têtes, par la même occasion !
— Mais…
— J’ai dit ! Oserais-tu discuter mes ordres ? !
— Non, mon maître, balbutie Lotarh en s’inclinant très bas.
— Alors va ! »
Lotarh s’incline une deuxième fois, puis ses yeux s’illuminent et il disparaît.

Il réapparaît dans son antre de pierre. À son apparition, il souffle bruyamment, et son visage est en sueur. Il reprend son souffle et s’installe sur son trône. Il se prend la tête dans les mains.
« Maître Esmeros devient de plus en plus noir, se dit-il. Est-ce vraiment une si bonne idée de le faire revenir ? Il ne ferait qu’une bouchée de la Terre, mais aussi de la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir… Quelle Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir d’ailleurs ? Moi et mes pouvoirs, douze Sages Noirs venus d’on ne sait où, et une poignée de monstres oubliés… »
Il se redresse et reprend de l’aplomb.
« Je n’ai pas le choix de toute façon. Mais comment voler leurs énergies aux Combattants de l’Arc-en-Ciel… ? »
Soudain l’inspiration lui vient et un sourire mauvais se dessine sur son visage.
« Oui… Ça devrait marcher… Je vais utiliser le fait qu’ils se trouvent toujours sur ma route pour leur tendre un piège… Mais avant, il faut purifier le Miroir de l’Ombre de nouveau. Dans son état actuel, il n’aurait pas suffisamment de capacité pour absorber leurs énergies. »
Il sort le Miroir et le fait léviter jusqu’à sa Fontaine de Haine, où il le fait plonger. L’antre de Lotarh se met alors à résonner de son rire.

Nous retrouvons les Combattants de l’Arc-en-Ciel en réunion dans le Q.G. Enfin… En fait il n’y a que Martin, Clémence et Alexandra. Même Niko est absent. Clémence grogne en entendant la réponse d’Alex :
« Franchement, je vois pas c’que tu lui reproches, dit-elle. Aurélien est sympa et il a l’air de t’apprécier beaucoup. Pourquoi t’acceptes pas son invitation ?
— Il est trop collant ! On voit que tu l’as jamais eu sur le dos. Dès qu’il me voit, on dirait un papillon à côté d’une lampe ! Il me tourne autour, c’est désagréable !
— Tu devrais peut-être te montrer plus diplomate avec lui, propose Martin. Accepte son invitation au moins une fois, et essaie de le calmer un peu.
— Tu es diplomate maintenant ? cingle Clémence. Première nouvelle. »
Martin voit rouge et ouvre la bouche, mais il est interrompu par l’arrivée d’Angel et Niko.
« Désolé pour le retard, dit Niko. J’ai eu un mal fou à sortir Angel de cette salle de jeux.
— Ben quoi ? geint Angel. J’avais juste envie de voir leurs nouveaux jeux vidéo.
— Oui, et tu as gaspillé 30 francs et tu nous as mis en retard… Mais je vois qu’il manque encore quelqu’un. »
C’est à ce moment qu’Aurélien apparaît, marchant tranquillement avec un grand sourire.
« Salut ! Tiens, vous êtes tous déjà là ?
— Il t’est jamais venu à l’idée de regarder les chiffres indiqués sur ton communicateur ? demande Clémence sur un ton brusque. Ils indiquent l’heure exacte ! T’as 10 minutes de retard !
— Tiens, c’est vrai, dit Aurélien qui n’a l’air de s’en formaliser. Bon, j’ai manqué quelque chose ? »
Clémence devient rouge et bande ses muscles au point d’en trembler.
« Retenez-moi ou j’fais un malheur.
— Tu m’inquiètes Clémence », dit Martin en essayant de sourire et de la calmer.
L’image de la prêtresse Aniva apparaît au-dessus de la table centrale du Q.G.
« Bonjour, Combattants de l’Arc-en-Ciel. Et bonjour à toi, Niko.
— Bonjour, prêtresse Aniva, réplique Niko.
— En avez-vous plus appris sur la Confrérie de l’Arc-en-Ciel Noir ?
— Pas grand chose, dit Niko.
— J’ai entendu Lotarh parler de douze Sages Noirs, explique Alexandra.
— Tiens, Je crois que Nitarh et Atarh ont mentionné des Sages Noirs aussi, non ? dit Martin.
— C’est possible, j’me souviens pas bien, dit Angel.
— Douze Sages Noirs… réfléchit Aniva à voix haute. Ça ne m’étonne pas : la Confrérie de l’Arc-en-Ciel était dirigée par six prêtres et six prêtresses.
— Douze prêtres et prêtresses, dit Clémence. Mais vous… ? !
— Oui, j’étais moi-même une de ces prêtresses, répond Aniva qui prend un air soucieux.
— Qu’est-ce qu’il y a Aniva ? demande Angel, vaguement inquiet.
— Je ne sais pas, Angel. Quand j’ai dit que les douze prêtres et prêtresses dirigeaient la Confrérie de l’Arc-en-Ciel, ça ne m’a paru que partiellement vrai. Mais je n’arrive pas à comprendre ce qui me fait penser ça…
— Et le maître ? Vous vous rappelez quelque chose à propos de lui ? »
À ce moment, Aniva semble hésiter.
« Je… Je ne sais pas vraiment… Juste des impressions… Combattants ! Continuez votre combat ! C’est toute la planète qui est en jeu !
— Bien Aniva ! répondent les Combattants de l’Arc-en-Ciel en chœur, d’une voix ferme et assurée.
— Merci beaucoup », dit Aniva avant de disparaître.

Dans une salle ressemblant au Q.G., mais possédant une fenêtre qui montre un paysage gris tourmenté et un ciel noir étoilé, la prêtresse Aniva réfléchit à voix haute :
« Ai-je vraiment bien fait ? La mention de Lotarh a ramené de trop douloureux souvenirs à la surface de mon esprit… Combattants, je prie pour que vous n’ayez pas à vivre ce que j’ai vécu… »

Dans le Q.G., Martin s’interroge : « Elle a éludé ma question. Qu’est-ce qu’elle cache ? » Mais il n’a pas le temps de faire part de ses soupçons aux autres car Aurélien prend la parole :
« C’est déjà fini ? Bon, Clémence, on rentre ensemble ? Je t’invite à dîner chez moi. »
Tout le monde regarde Clémence et attend sa réponse, ce qui la met mal à l’aise. Finalement, elle décide de se faire un peu plus diplomate :
« Ça va pas déranger tes parents ?
— Bof… soupire Aurélien. À compter qu’ils soient à la maison, ça leur posera pas de problème. »
Un je ne sais quoi de différent dans la voix d’Aurélien fait réfléchir Clémence, et elle décide de faire ce qu’elle croyait impensable :
« OK, on rentre ensemble et j’accepte ton invitation. Mais il va falloir d’abord que je prévienne mes grands-parents.
— Pas de problème, on passera chez toi d’abord. Salut tout le monde !
— Salut ! » dit Clémence.
Ils laissent les autres et traversent l’hologramme solide ensemble. Martin secoue la tête.
« Quand je pense qu’elle lui aurait arraché les yeux y’a pas cinq minutes… »

Une heure plus tard, nous voyons Clémence et Aurélien devant l’entrée de son hôtel particulier. Du point de vue de Clémence, il est devenu encore plus insupportable et collant que d’habitude. Elle commence à se demander si elle a vraiment eu une bonne idée d’accepter cette invitation, et si ça n’allait pas ouvrir la boite de Pandore au lieu de la refermer. Par contre, Aurélien est aux anges et affiche un sourire d’une oreille à l’autre tandis qu’il ouvre la porte d’entrée. Il laisse entrer Clémence et referme la porte. Clémence est impressionnée par le luxe du hall dans lequel elle se retrouve. Le sol est en marbre, et un lustre de cristal gigantesque pend au plafond. Devant elle se déroule un escalier ouvert menant à deux étages. Sous l’escalier une ouverture mène à un couloir. De ce couloir apparaît un homme en costume portant des gants blancs. Il paraît assez âgé.
« Ah ! Bonsoir monsieur Aurélien, dit l’homme d’une voix pleine de distinction. Oh, je vois que monsieur Aurélien a amené une amie avec lui. Cette personne va-t-elle dîner ici ?
— Oui Alphonse, dit Aurélien en défaisant sa veste. Voici Clémence. C’est une voisine. Ça ne pose pas de problèmes ?
— Aucun monsieur Aurélien, répond Alphonse. Ah ! Les parents de monsieur Aurélien m’ont dit de le prévenir qu’ils ne pourront pas ce joindre à lui pour le dîner de ce soir.
— Ah… fait Aurélien d’un air triste. Enfin, ça ne changera pas de d’habitude. »
Clémence est resté silencieuse. Elle s’attendait à tout, mais pas à un majordome. Celui-ci la regarde.
« Euh… Qu’est-ce que vous voulez ?
— Si mademoiselle Clémence n’y voit pas d’inconvénient, je vais lui prendre sa veste ainsi que celle de monsieur Aurélien et les ranger.
— Euh… OK », dit-elle en tendant sa veste au majordome.
Il s’incline légèrement devant les deux jeunes et repart dans le couloir.
« Viens, dit Aurélien, je vais te montrer ma chambre. »
Clémence le suit dans l’escalier. Elle n’en revient pas : le majordome lui a parlé à la troisième personne. Ils arrivent finalement dans la chambre d’Aurélien. Deuxième choc : elle avait souvent traité Aurélien d’enfant gâté (et son comportement le justifiait souvent), mais elle ne pensait pas que c’était à ce point : télé à écran géant, magnétoscope, ordinateur dernière génération, la toute nouvelle console de jeu vidéo la plus puissante du moment, une chaîne Hi-fi à faire pâlir d’envie tous les D.J. de la planète, ainsi qu’une collection de cassettes vidéo, CD, et CD-ROM impressionnante. Mais Aurélien ne se dirige vers aucun de ces objets. Il prend une chaise et l’apporte à Clémence.
« Tiens, assieds-toi », lui dit-il avec un grand sourire.
Lui même s’assied au bord du lit.
« Qu’est-ce qu’y a ? demande-t-il avec un grand sourire innocent.
— Je suis impressionnée, répond-elle. Je savais que tes parents étaient riches, mais à ce point…
— Mouais, fait Aurélien sans enthousiasme. Ils sont si occupés par leur travail que j’les vois jamais. Ils ont même raté mon dernier anniversaire. Résultat : une télé grand écran. »
Clémence ne trouve rien à répondre. Elle ne s’attendait pas à ça et commence à comprendre le comportement d’Aurélien.
« Bon, qu’est-ce qu’on fait ? demande-t-il avec un grand sourire. Tu veux jouer avec moi à ma console ? »
BLOINK !
« Ça y est, il se comporte de nouveau comme le gamin attardé qui m’irrite tellement ! » pense Clémence. Mais elle se contente de répondre calmement :
« Euh… C’est pas trop mon truc, t’aurais plutôt dû inviter Angel pour ça, il aurait adoré.
— Tiens, c’est vrai ça. Et puis, de toute façon c’est pas trop mon truc les jeux vidéo. Moi ce que je préfère c’est ça. »
Il attrape la première cassette vidéo venue et l’introduit dans le magnétoscope. Il allume la télé qui fait apparaître un cartoon américain. Immédiatement, il se met à rire aux éclats en voyant les pitreries des personnages. Clémence en reste bouche bée.

Au bout d’une demi-heure, on frappe à la porte de la chambre.
« Entrez.
— Je prie mademoiselle Clémence et monsieur Aurélien de bien vouloir m’excuser de venir les déranger, dit le majordome en entrant, mais je viens prévenir mademoiselle et monsieur que le dîner est prêt.
— D’accord. Nous descendons, Alphonse », dit Aurélien en se levant et en éteignant la télévision.
Le majordome fait un signe de tête et repart en fermant la porte.
« Dis, Aurélien, ça te dérange pas que quelqu’un te parle à la troisième personne comme ça ? demande Clémence en se levant.
— Tu sais, comme je t’ai déjà dit mes parents ont jamais été là pour s’occuper de moi. En fait, on peut dire que c’est Alphonse qui m’a élevé. Il a toujours été là. Il est au service de mes parents depuis qu’ils ont acheté l’hôtel. Tu sais, j’suis pas dupe : Alphonse a dit que mes parents l’avaient prévenu qu’ils ne pourraient pas rentrer pour le dîner, mais je sais très bien que c’est pas vrai. Ils ont pas appelé du tout. Alphonse veut juste m’épargner, et j’ai pas le cœur de lui dire que j’ai compris. Bon, allez viens, je suis impatient de savoir ce qu’il y a à dîner ! »
Il ouvre la porte et part à grandes enjambées, suivi de Clémence qui ne sait plus quoi penser. Ils arrivent finalement dans une grande salle à manger où une table suffisamment grande pour vingt couverts est dressée pour deux.
« Que mademoiselle et monsieur s’installent », dit Alphonse.
Aurélien et Clémence s’asseyent.
« Alors ? Qu’est-ce qu’il y a de prévu ? demande Aurélien qui trépigne d’impatience.
— Comme je ne connaissais pas les goûts de mademoiselle, j’ai fait simple : salade en entrée, truite saumonée avec jardinière de légumes en plat de résistance, et salade de fruits en dessert.
— Ça a l’air appétissant, dit Clémence. Et léger, j’aime ça.
— C’est très léger en effet, acquiesce le majordome. Maintenant, si mademoiselle et monsieur veulent bien m’excuser, je vais chercher l’entrée. »
Tandis qu’Alphonse se dirige vers la cuisine, Clémence sourit :
« Eh bien ! Je pourrais presque m’y habituer à être servie comme ça ! Aurélien, ça va pas ?
— Non, c’est juste que j’aurais préféré un hamburger…
— Quoi ? ! Il te prépare des plats superbes et toi tu voudrais un vulgaire Mac Do ? !
— J’adore les hamburgers ! s’écrie Aurélien avec un grand sourire. C’est mon plat préféré !
— Il est vraiment impossible… » se dit Clémence en secouant la tête.
Le majordome apporte deux assiettes contenant une salade composée à l’air appétissant. Après l’avoir remercié, nos deux compères commencent à manger.

Nous retrouvons le majordome quelques minutes plus tard dans la cuisine. C’est une grande cuisine équipée, où il surveille la cuisson des truites et de la jardinière de légumes. Il sort un grand plat contenant une salade de fruits du réfrigérateur de style américain (aussi grand qu’un placard).
« Voilà, se dit-il, comme ça elle ne sera pas trop froide au moment où je la servirai. »
Il sort ensuite deux assiettes du réchauffeur, arrête le feu et sert la jardinière de légumes, en y ajoutant une touche de persil. Il retire ensuite les truites du feu et les dispose dans les assiettes. Il regarde l’horloge.
« Parfait. Cela fait un quart d’heure que j’ai servi mademoiselle et monsieur, ils devraient avoir fini l’entrée. Allons leur apporter le plat principal. Quoi ? ! »
Un homme est apparu sous l’horloge, à la grande surprise du majordome qui en reste muet. Cet homme vêtu d’un uniforme étrange et aux yeux complètement rouges s’avance vers lui.
« Pff… cela fait cinq minutes que je te regarde. Tu es vraiment idiot de te comporter ainsi. Tu hais tes patrons. Tu les trouves égoïstes et égocentriques. Ils en négligent leur enfant que tu as dû élever toi-même. Ils t’ont rendu la vie misérable, alors pourquoi rester à leur service ? »
Alphonse veut répondre mais la peur le paralyse.
« Pas la peine de me répondre, dit Lotarh, ta haine refoulée est une porte ouverte sur ton esprit. Tu restes pour t’occuper de ce gamin, de cet enfant gâté ! Tu as un grand cœur, n’est-ce pas ? Quel sentiment pitoyable ! Cette énergie issue de ton grand cœur, je vais l’utiliser à meilleur escient. Tiens ! »
Il tend son Miroir de l’Ombre. Il commence à absorber l’énergie du majordome qui se cabre et perd connaissance, tandis qu’un cercle lumineux se forme à ses pieds.

Dans la salle à manger, Clémence et Aurélien discutent de choses variées, que Clémence trouve futiles (la plupart ont trait au rôle que joue Aurélien dans la pièce de théâtre montée par son club), quand Aurélien regarde sa montre puis se tourne vers la cuisine.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demande Clémence.
— Ça fait presque dix minutes qu’on a fini l’entrée. Normalement Alphonse aurait déjà dû apporter le plat principal.
— T’es même pas capable d’être à l’heure à un seul rendez-vous, lui reproche-t-elle. Je crois que tu es mal placé pour reprocher quoi que ce soit à ton majordome.
— Mais j’ai faim moi, réplique-t-il sur un ton enfantin.
— Tu exagères ! C’est ton majordome, pas ton esclave ! »
Aurélien regarde Clémence sans comprendre, puis son visage change d’expression et il dit :
« J’crois qu’t’as raison. J’me comporte comme mes parents avec lui, alors que c’est lui qui m’a élevé. J’vais aller le voir. Donne-moi ton assiette, j’vais les lui apporter. Pour les couverts, j’vais lui dire que c’est pas la peine d’en changer. »
Clémence lui donne son assiette en se demandant s’il a bien compris ce qu’elle voulait lui dire. Aurélien se dirige vers la cuisine en suivant le couloir. Quand il arrive à la porte d’entrée (laissée entrouverte), il remarque une lueur blanchâtre suspecte. Intrigué, il s’approche prudemment et regarde ce qui se passe à l’intérieur. Il voit Lotarh voler l’énergie d’Alphonse et la surprise manque de lui faire faire tomber les assiettes. Mais il se reprend et court vers la salle. Il arrive en larmes devant Clémence, les assiettes toujours à la main.
« Clémence ! ... Alphonse ! ... Lotarh ! »
Malgré les sanglots, Clémence comprend tout de suite ce qui se passe (NdlA : c’est pas une surdouée pour rien !). Elle ouvre son communicateur :
« Niko ! Avertis les autres : Lotarh est ici ! Il s’attaque au majordome d’Aurélien !
— D’accord ! Je vais au Q.G., je préviens les autres et je les transpose vers vous le plus vite possible. Allez-y !
— Ça va aller ? demande Clémence à Aurélien qui a posé les assiettes et se mouche.
— Oui ! Il aurait pas dû s’attaquer à Alphonse, dit-il en décrochant son amulette. Amulette Jaune, métamorphose !
— Amulette Bleue, métamorphose ! »

Les deux Combattants arrivent bientôt dans la cuisine. Lotarh a fini de voler l’énergie du majordome et se tourne vers eux au moment de leur arrivée.
« Déjà ? ! s’interroge-t-il, surpris.
— Oui, déjà ! Quand il s’agit de faire régner la justice, rien ne peut nous arrêter ! Je suis Blue Bow, l’arbitre de l’espoir, alors prépare-toi à subir ton châtiment !
— Quant à moi je suis Yellow Bow, la lumière de l’espoir, et je ne peux supporter que tu apportes ici tes effroyables ténèbres. Alors va-t’en, ou prépare-toi à affronter mon courroux !
— Quel bla bla ! Mais quel bla bla ! Vous êtes énervant à la fin ! Puisque c’est ainsi, vous allez devoir goûter à mon nouveau Soldat de la Haine ! »
Le cercle de lumière se transforme en une colonne de lumière où le majordome disparaît. Une ombre maléfique y apparaît comme d’habitude, et la colonne disparaît, laissant voir le monstre qui a remplacé Alphonse. Ce monstre est habillé d’un costume queue-de-pie orné d’épines aux coudes et aux genoux. Ses gants sont noirs au lieu d’être blanc et il a le petit doigt levé. Sa tête est celle d’une homme chauve et âgé, avec une expression de distinction sévère et une peau bleu métallique.
« Allez Majordomak ! Montre-leur les bonnes manières ! ordonne Lotarh.
— Bien maître », dit Majordomak d’une voix distinguée.
Il met sa main en l’air à plat, et un plateau supportant deux verres et une bouteille de champagne apparaît sur sa main, ainsi qu’une serviette blanche sur son bras. Il prend son élan et lance le plateau qui vole vers les Combattants comme un frisbee. Ces derniers ont le temps de sauter hors de portée du plateau qui se plante dans le mur (les verres et la bouteille sont restés dessus !). D’un geste, Majordomak rappelle le plateau qui revient en volant sur sa main. Il le relance sur Blue Bow qui l’évite, mais le plateau dévie sur Yellow Bow qui n’a pas le temps de se mettre à l’abri.
« Non ! s’écrie-t-il.
— Barrière de Vent ! »
Le plateau rebondit sur le mur de vent crée par Green Bow et tombe par terre. Cette fois, la bouteille tombe et se brise, répandant son liquide sur le sol.
« Ça n’est pas très poli de faire des choses pareilles, dit le monstre. Ça va encore être au majordome de tout nettoyer.
— Ça t’apprendra à lancer des objets coupants sur des innocents ! Je suis Red Bow, le guerrier de l’espoir, et mon feu intérieur te le fera payer !
— Et moi je suis Green Bow, le défenseur de l’espoir !
— Et le messager de l’espoir, Rain Bow, à la rescousse !
— Ça va Yellow Bow ? demande Green Bow en l’aidant à se relever.
— Ça va, merci, répond ce dernier.
— Dites, vous n’oubliez pas quelqu’un là ? C’est très impoli ! s’écrit Majordomak.
— T’inquiète pas, on t’oublie pas ! Boule de Feu ! »
Majordomak n’a pas le temps de réagir et est gravement brûlé par le feu de Red Bow.
« Et le coup final ! Toile Arc-en-Ciel, action !
— Je suis liiiiiiiiiibre ! »
Alphonse est libéré et tombe à terre, inconscient.
« Et voilà le travail ! dit Rain Bow en levant le pouce.
— Oh non ! Ce n’est pas fini ! » crie Lotarh dont les yeux s’illuminent.
Il fait un ample geste du bras et une vague d’énergie noire se rue sur les Combattants. Seul Yellow Bow, poussé par Green Bow, et Blue Bow, qui n’était pas sur la trajectoire de la vague, en réchappent. Red Bow, Green Bow et Rain Bow se retrouvent contre le mur, un peu sonnés et ligotés par des sortes de cordes noires. Blue Bow voit ses amis ligotés, Yellow Bow qui essaie de se relever, et décide d’intervenir. Elle s’avance délibérément devant Lotarh.
« Alors, jeune fille, on veut se mesurer à moi ? ricane-t-il.
— Arrête de ricaner ! Viens plutôt te battre ! Ruisseau… Aaaah ! »
Blue Bow est arrêtée au milieu de son geste par Lotarh qui a tendu le Miroir de l’Ombre vers elle. Elle se cabre et hurle, pendant que son énergie est absorbée par le miroir sous la forme d’une fumée bleue scintillante.
« Hein ? Noooooon ! s’écrie Rain Bow, toujours bloqué par ses liens.
— Tiens ? Il ne se forme pas de cercle autour d’elle, remarque Lotarh. Tant pis, je ne pourrai pas en faire un soldat. C’est dommage. »
Le flux d’énergie cesse et Blue Bow tombe à terre. Elle bouge encore un peu.
« Elle n’a même pas perdu connaissance… Tant pis pour elle, elle n’en souffrira que plus quand je la décapiterai. »
Ses yeux s’illuminent, et une épée de cristal noir au reflets rouges apparaît dans sa main. Il s’approche de Blue Bow, quand il sent quelqu’un toucher son épaule.
« Hein ? » fait-il en se tournant.
C’est Yellow Bow, qui semble très en colère.
« Tu vas payer pour c’que t’as fait ! » hurle ce dernier.
Malgré sa petite taille, il parvient à lui décocher un direct dans la mâchoire.
« Tu as osé me toucher ! crie Lotarh en portant la main à la bouche, pour essuyer un léger filet de sang vert. Tu vas souffrir toi aussi ! »
Il s’apprête à frapper Yellow Bow de son épée quand soudain :
« Ruisseau Scintillant ! »
Un jet d’eau frappe Lotarh, le pousse dans le fond de la cuisine en lui fait lâcher l’épée. Yellow Bow se retourne et voit Blue Bow, à quatre pattes et essoufflée. Il court vers elle et s’agenouille en la prenant dans les bras.
« Pourquoi ? Pourquoi t’as fait ça ? ! lui demande-t-il en pleurant. Il t’a volé presque toute ton énergie et t’as utilisé le reste pour me sauver.
— C’est… normal, dit Blue Bow qui respire difficilement, tu es… quand même… mon meilleur… ami… »
Elle ferme les yeux et son corps se détend. Yellow Bow pleure de plus belle en la serrant dans ses bras.
« Non ! Noooon ! »
Ses cheveux se mettent à briller d’une lumière jaune quasiment insoutenable. Son aura jaune apparaît aussi. Il se relève et se tourne vers Lotarh, qui vient de se remettre debout.
« Toi… Tu vas payer pour ce que tu as fait… à ma meilleure amie… Action Lumineuse !
— Protégez-vous ! crie Red Bow.
— Ton pouvoir ne peut rien contre moi ! »
Les yeux de Lotarh s’illuminent, et un masque de cristal noir recouvre son visage. La boule d’énergie fonce vers Lotarh et se multiplie, formant une dizaine de boules d’énergie reliées entre elles par une sorte de cordon lumineux. Rain Bow et Green Bow sont ébahis, et comprennent soudain la raison de l’avertissement de Red Bow. Ils ferment les yeux et se détournent comme ils peuvent. Quand les boules arrivent devant Lotarh, elles éclatent en même temps en un flash d’énergie si puissant qu’il en brise son masque protecteur. Lotarh met les mains devant les yeux en hurlant comme un damné. Bien qu’ils aient fermé les yeux, quand les autres Combattants les rouvrent, ils ne voient d’abord quasiment rien. Seul Yellow Bow est resté debout, les yeux grand ouverts et une expression de colère sur le visage. Lotarh est tombé à genoux.
« Aveugle ! Tu m’as rendu aveugle ! Je reviendrai, Yellow Bow, et tu me paieras cet affront ! »
Ses yeux s’illuminent derrière ses mains, et il disparaît rapidement. Avec lui, l’épée de cristal noir et les liens disparaissent. Yellow Bow change immédiatement d’expression pour prendre celle d’un gamin apeuré et il court vers Blue Bow, s’agenouille et la secoue.
« Ça y est Blue Bow ! Je l’ai fait partir ! Allez, réveille-toi Clémence ! Réveille-toi ! »
Red Bow est à côté de lui et l’arrête. On voit la poitrine de Clémence se lever et se baisser lentement.
« Elle est vivante, dit Red Bow. Elle est juste épuisée. Elle a utilisé ses dernières ressources pour te sauver.
— Alors il faut lui donner de l’énergie ! réplique Yellow Bow. Angel ! Donne-lui de l’énergie ! T’es le seul ici qui puisse faire ça !
— Mais… Elle est pas transformée en monstre, je risque de la tuer !
— Avec tes mains, comme t’as fait une fois ! Vite, avant qu’elle s’épuise complètement !
— Bon, je vais essayer », dit Rain Bow, pas très sûr de lui.
Il s’agenouille et prend les mains de Blue Bow. Il se concentre, mais rien ne se passe. Il fronce les sourcils et se concentre encore plus, mais le seul résultat est la sueur qui perle de son front.
« Je… J’y arrive pas, soupire-t-il. Ça bloque, j’sais pas pourquoi. Clémence, accepte cette énergie, il faut que je te sauve ! Tu dois pas nous laisser tomber ! »
Rain Bow se met à pleurer, suivi par Yellow Bow. Red Bow veut les réconforter en leur mettant une main sur l’épaule, quand il voit une lumière rouge apparaître à l’endroit où il touche Rain Bow. De même, une légère lumière blanche commence à émaner des mains de ce dernier.
« Regardez ! s’exclame-t-il. Venez m’aider, touchez Angel ! »
Green Bow et Yellow Bow s’exécutent immédiatement. Ils mettent la main sur l’épaule de Rain Bow, et le contact crée une lumière respectivement verte et jaune. La lumière issue des mains de Rain Bow s’intensifie et devient bleue. L’Amulette de Blue Bow brille pendant quelques instants, puis toutes les lumières disparaissent. Les Combattants regardent leur amie avec appréhension. C’est un soupir de soulagement général quand elle ouvre les yeux.
« Que… Vous allez bien ? » demande-t-elle péniblement.
Yellow Bow ne peut se retenir et la prend dans les bras en pleurant.
« Tu vas bien ! sanglote-t-il. J’avais tellement peur que tu te réveilles pas ! C’est ma faute ! T’as dû me protéger parce que j’suis qu’un gamin irresponsable !
— Arrête de dire ça, dit Blue Bow calmement. C’est pas vrai. Même si je t’engueule souvent, en fait tu es mon meilleur ami. On est pareil : mes parents ne s’occupent pas vraiment de moi non plus, ils sont même pas en France. Même s’ils le regrettent, ils ne font rien pour changer la situation. C’est pour ça que je te comprends et que nous sommes amis. Et même si parfois tu es insupportable, en fait tu es comme le petit frère que je n’ai jamais eu. »
Ils s’étreignent.
« Bon, c’est pas tout ça, mais nous il faut qu’on s’en aille, avant que le vieux bonhomme se réveille, non ? dit Green Bow.
— Heu… Oui, dit Red Bow. Tu viens Angel. Angel ?
— Hein ? Oui, j’arrive. »
Yellow Bow aide Blue Bow à se lever, et ils redeviennent Aurélien et Clémence.
« On s’occupe d’Alphonse, dit Aurélien. Il faut qu’il se réveille, j’ai faim.
— Non mais ! Tu penses qu’à ton ventre ma parole ? ! » explose Clémence.
Les autres Combattants lèvent les yeux au ciel quand Niko les transpose.

Quelques heures plus tard, nous retrouvons Angel dans son lit. Il n’arrive pas à dormir et repense au moment où il a failli ne pas pouvoir sauver Clémence. Si Martin n’avait pas fait son geste, ils l’auraient certainement perdue…

Dans son antre de pierre, Lotarh rumine sa défaite.
« Petit connard ! J’ai failli perdre la vue à cause de lui ! »
Mais il se calme soudain.
« J’ai quand même récupéré l’énergie de vie d’une Combattante de l’Arc-en-Ciel, dit-il en sortant le Miroir de l’Ombre qui luit d’une lueur bleue. À défaut de sa tête, cela devrait tout de même convenir au maître. »